Autour d'Ecuras. Journal d'Histoire locale, monuments, folklore.
Par Mme Fils Dumas-Delage. ISSN : 1153-0014. Tous droits réservés

No 10, Décembre 1991

- REMEDES POPULAIRES AU 19ème SIECLE -

 

Si le sorcier-guérisseur jouait un rôle déterminant dans nos sociétés paysannes aux siècles passés, l’usage des remèdes populaires où un empirisme certain se mêlait à beaucoup de bigoterie magique, demeura très répandu jusqu’au début du 20ème s. Voici quelques-uns de ces remèdes conservés par la mémoire d’une tradition séculaire.

Le mal de reins était guéri par le port d’une ceinture d’ "herbe de Saint-Jean" (le lierre terrestre) dans le Limousin, et d’une corde de chanvre bénite maintenant des feuilles de bardane en Charente.

Pour venir à bout d’un mal de gorge, il fallait se mettre la chaussette du pied gauche autour du cou, et, si on l’avait préalablement garnie de cendres, la guérison était d’autant mieux assurée. On pouvait aussi s’appliquer sur la poitrine une crèpe très chaude.

Pour préserver les enfants des convulsions, il ne fallait pas leur couper les ongles avant l’age d’un mois, parfois plus.

Nombreux étaient les remèdes contre la fièvre :

- Remède dit "du Bon Dieu" : couper une pousse de noisetier d’un an; y faire autant d’incisions en croix que le malade a eu d’accès de fièvre; la jeter derrière soi aussi loin que possible et réciter cinq Pater et cinq Ave en l’honneur de Sainte Geneviève de Paris.

- Remède dit "du Diable" : prendre une touffe d’orties avant le lever du soleil; y prélever de la main gauche neuf têtes qu’il faudra déposer sous une grosse pierre au-dessus de laquelle on fera le signe de la croix du pied gauche en récitant cinq Ave et cinq Pater.

- En Limousin, il fallait enfermer dans un coffin une grenouille àlaquelle on avait crevé les yeux.

Notes : coffin : étui rempli d’eau où le faucheur place sa pierre à aiguiser.

- En Charente, on faisait cuire un oeuf dans l’urine du fiévreux et on l’exposait à un carrefour; celui qui ramassait l’oeuf se chargeait du mal.

- Rocal rapporte qu’une fillette sujette à des accès de fièvre fut conduite par sa mère à trois sources sur l’eau desquelles elle déposa trois couronnes; l’enfant but à même la source, à l’intérieur d’un cercle magique, repartit sans se retourner et fut définitivement guérie.

Contre les coupures, les brûlures, les maux de ventre et de dents, on devait réciter une prière spéciale et on faisait le signe de la croix. Souvent on retrouve le chiffre cinq dans la répétition des prières, sans doute en souvenir des cinq plaies du Christ, et le chiffre trois, chiffre archétype depuis la nuit des temps.

Contre l’incontinence d’urine chez les enfants : on donnait un rat d’eau à manger à ces enfants, on ajoutait des crottes de rat dans leurs repas.

Contre les verrues : selon les régions, il était recommandé de lier une tige de genêt qui, en séchant, ferait se dessécher la verrue. On pouvait aussi placer l’écorce de genêt sous une pierre. Frotter les verrues contre la veste d’un cocu était aussi efficace que de les frotter avec du suc de chélidoine. On pouvait aussi les frotter avec une limace rouge, ou bien enterrer, à deux heures du matin, sans être vu, une pomme dans un champ. On pouvait encore mettre deux grains de sel dans un linge, le jeter au milieu du chemin : celui qui le ramassait attrapait les verrues dont il vous débarrassait. On pouvait frictionner les verrues avec des feuilles de saule qu’on allait ensuite enfouir dans le fumier.

Plus spécifiquement en Charente, il fallait uriner sur les verrues au beau milieu d’un chemin; jeter une pierre dans un puits et s’enfuir assez vite pour ne pas l’entendre tomber; ramasser un os rongé par un chien, et avant le soleil levé, pendant trois matins, en frotter les verrues.

Pour guérir la coqueluche : dans le Nontronnais, on suspendait au cou du malade un poil de bouc contenu dans un petit sachet.

Contre la migraine : on devait faire cuire une tête de corbeau sur des charbons, ôter la cervelle et la manger.

Contre la jaunisse : il était recommandé de faire sécher de la crotte de poule au soleil, de la mélanger avec du vin blanc et de boire .

Contre le mal de dents : on coupait avec les dents la première fougère rencontrée; on récitait, la première fois que l’on voyait la nouvelle lune, trois Pater et trois Ave en l’honneur de Sainte Apolline; on mettait dans la dent creuse de la cendre de vers de terre et l’on bouchait avec de la cire vierge.

Pour enlever les taches de l’oeil, nombre de paysans portaient, jadis, accrochée au cou, une grosse perle de couleur, brun de préférence.

Vers 1920-30, on pratiquait encore de la façon suivante contre la méningite : on coupait en deux un pigeon vivant que l’on appliquait immédiatement, tout saignant, sur la tête du malade.

Contre la tuberculose qui faisait tant de mortels ravages, il fallait manger tous les matins trois limaçons rouges crus.

Le mal blanc se traitait ainsi dans le Nontronnais : on fabriquait une couronne de chèvrefeuille que l’on plaçait près de la salière, dans la cheminée, et au fur et à mesure qu’elle se desséchait, les croûtes du mal tombaient.

Les remèdes contre la rage étaient si nombreux que nous n’en citerons qu’un : on préparait une crêpe avec une certaine herbe, et il fallait la manger en entier.

Contre les vers, il était souverain d’utiliser l’ail, aussi bien en ingestions qu’en applications externes. En Charente, on formait un chainon de réglisse des puits, et on le suspendait dans la cheminée. Les vers disparaissaient pendant qu’il se desséchait.

Nous conclurons en faisant remarquer que si nous parlons au passé de ces remèdes populaires, nous ne sommes pas sans savoir que nombre de nos sorciers-guérisseurs contemporains ne répugnent pas à les utiliser de nos jours. Si leurs nombreux patients avouent avec beaucoup de difficulté ces pratiques, peut-être est-ce parce-qu’ils ont une conscience confuse de leur aspect irrationnel, entre autres causes obscures .

Il est superflu d’évoquer aujourd’hui les rites aux fontaines guérisseuses tant elles sont nombreuses dans notre limousin, et nous connaissons tous une "bonne" ou une "mauvaise" fontaine, Nos rebouteux et autres sorciers-guérisseurs sont légion, et les Limousins, des villes ou des campagnes, savent encore utiliser certains procédés ou plantes dont les secrets et les vertus se transmettent de génération en génération.

 

Sources : Mémoire et Identité. Traverses Ethnologiques en Limousin. par Maurice Robert.

 

Table des matières