Autour d'Ecuras. Journal d'Histoire locale, monuments, folklore.
Par Mme Fils Dumas-Delage. ISSN : 1153-0014. Tous droits réservés

No 11, Février 1992

 

- LE CHATEAU DE LA FORET D'HORTES -

 

Le château de la Forêt d'Hortes, le plus vaste de tous les environs, s'élevait, à peu de distance de Grassac, au coeur de cette forêt. Il était situé sur un plateau duquel on jouissait d'une fort belle vue. Plus rien que ruines ne reste aujourd'hui d'un château si peu ancien, puisqu'il datait du 18ème s. La forêt d'Hortes a repris tous ses droits, et c'est à peine si l'on devine, entre les arbres et les halliers, quelques vestiges de pans de murs.

 

Voici une vingtaine d'années, bien que totalement ruiné, on pouvait encore en deviner le plan d'ensemble. Nos clichés datent de cette époque.
La plupart des murs s'élevaient encore jusqu'au niveau de l'entablement du premier étage, qui, lui, avait en grande partie disparu. Des ouvertures étaient encore reconnaissables, en particulier la porte de la chapelle, surmontée d'un petit fronton dorique, reposant sur une épaisse corniche moulurée.

Nous avons eu la chance inespérée de pouvoir disposer d'un précieux dessin, exécuté en 1885 par un membre de la famille de Ferrières, et que le colonel de Ferrières a eu l'extrême complaisance de nous prêter. Nous y voyons le château encore intact, et nous pouvons mesurer son importance tout autant qu'admirer la perfection de son style néo-classique.

L'histoire du château est inséparable de celle de ses propriétaires successifs, aussi nous les conduirons de front.

A la fin du Moyen-Age, le fief de la Forêt d'Hortes fut démembré de celui de la Forêt de Feuillade.
C'est au 15ème s. que se situe l'un des hommages rendu pour ce fief.

Le 8 novembre 1457, Jean de Vassoigne, écuyer, marié à Marguerite de Saint-Laurent, comme continuateur d'Aymeric Flamenc et d'Hélie Robert en rend hommage lige, au devoir de 100 sols, à Jean de La Rochefoucauld, seigneur de Marthon.

  Les de Vassoigne, seigneurs de la Forêt d' Hortes et de la Bréchinie avaient pour armes: "d'or au lion de sable, couronné du même, ou de gueules, armé et lampassé de gueules, à trois souches d'arbres de sable, 2 et 1". (Nobiliaire du Limousin)
Les trois souches d'arbres figuraient le fief de la Forêt d'Hortes.
  Les de Saint-Laurent (branche de Feuillade) avaient pour armes :
"d'azur semé de fleurs de lys d'or au lion de gueules, armé, lampassé et couronné d'or". (Nobiliaire du Limousin)

Une branche des de Vassoigne habita alors la Forêt d'Hortes. Sans doute faut-il voir un vestige de leur maison forte dans le très beau porche donnant accès dans la cour de la ferme du château 18ème s. Nous pouvons le dater du 16ème s. et il est en parfait état. Notre cliché montre cette poterne dont la bretèche s'appuie sur six machicoulis. Entre deux machicoulis, le décor en coquille est typique du style de cette époque dans notre région. Une petite fenêtre à appui mouluré a été murée, entre la bretèche et le berceau de la vaste porte. Voici vingt ans, l'étage de cette poterne avait été converti en pigeonnier, et l'on remisait les charrettes à l'abri de cette construction.

Au début du 18ème s., une certaine Jeanne de Vassoigne épousa François de La Place c'est ainsi que ce domaine entra dans cette famille.
C'est avec les de La Place que va naître le très beau château de la Forêt d'Hortes.

  Les de La Place (branche de la Forêt d'Hortes) avaient pour armes :
"d'argent à trois glands tigés et feuillés de sinople, 2 et l"
(Armorial du Limousin)
 

Le château que nous montre le dessin, et dont les rares ruines romantiques sont actuellement noyées dans la forêt, fut construit aux alentours de 1720. Seule la partie centrale fut alors édifiée, soit le corps de bâtiment étroit avec sa belle porte d'honneur au riche fronton en demi-cercle, toiture à la Mansard, corps de bâtiment allongé à droite et à gauche par deux autres corps de bâtiment, conservant le même rythme d'un haut rez-de-chaussée et d'un premier étage, que sépare un épais entablement, et possédant des toitures à quatre pans, incluant chacune une mansarde.
Surmontant la porte d'entrée, placé dans un cartouche au-dessus de 1' entablement, on pouvait voir le blason des de La Place.

Quelque trente ans plus tard, Alexandre-Charles-Gabriel de La Place vendit le château et ses dépendances a Madame de Saint-Martin, le 19 février 1750. L'acte ne fut passé que le 17 avril 1752, par Brelut de La Grange et Vatruy, notaires à Paris.
Les dépendances de la Forêt d'Hortes étaient très importantes : elles comptaient huit domaines, trois borderies, plus ll 000 hectares de bois et terres.

Madame de Saint-Martin jouissait d'une fortune considérable, car elle était la veuve d'Etienne Chérade, mort en 1714. Elle se remaria en 1715 avec Armand de Saint-Martin, conseiller au Parlement de Paris. Il la laissa veuve à son tour en 1733. Madame de Saint-Martin qui aimait séjourner à Marthon, résidant dans le Château Neuf, délaissa celui-ci pour le château de la Forêt d'Hortes dès qu'elle l'eût acquis.

La fortune des Chérade avait commencé avec Etienne Chérade, fils d' un marchand de drap de soie, paroisse Saint-André à Angoulême. Les multiples charges très lucratives de cet homme de loi jointes à sa vive intelligence, permirent à Etienne Chérade d'acheter le comté de Montbron, les baronnies de Marton, Blanzac, La Rochechandry, le marquisat de Clairvaux, les seigneuries des Seguins, des Salles et de Laumont.

  Les Chérade dont les armes furent acheter à la fin du 17ème s. portaient :
"d'azur à trois fusées d'or, 2 et 1"
(père Anselme)
 

C'est en 1759, un an après la mort de Madame de Saint-Martin, que ses héritiers, Adrien-Alexandre Chérade, comte de Montbron, et sa femme et cousine, Elisabeth Le Musnier, firent construire les deux ailes latérales que nous pouvons voir sur le dessin, par Jean et Pierre Fauconnet, père et fils, maçons à Viville en Champniers.
Dans l'une de ces ailes se trouvait une chapelle, que l'on pouvait encore voir voici vingt ans et dont nous avons déjà mentionné la porte. (voir notre cliché). Les voûtes en étaient alors effondrées, mais les murs tenaient encore à peu près debout. Il n'en est malheureusement plus ainsi aujourd'hui.
Cette chapelle avait été bénite par dom Huot, abbé de Grosbost, le 4 juillet 1761.
Ces derniers travaux d'agrandissement et d'embellissement du château avaient également consisté dans la construction d'une longue orangerie, que nous montre le dessin, sur la gauche de l'ensemble.
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On pouvait alors voir, sculpté au-dessus de la porte d'honneur, le blason des nouveaux propriétaires, sans que cela ne nuise à celui, plus ancien, des de La Place.

Le style de ces deux ailes est parfaitement accordé à celui du château des de La Place : mêmes toitures à la Mansard que pour la partie centrale, même harmonie entre les niveaux des étages, entre celui des entablements, et entre les beaux chainages d'angle. Les mansardes semblent plus mesquines, et ne sont pas surmontées de ces beaux frontons en demi-cercle, qui rappellent celui dé la porte d'entrée.

Le déclin du château de la Forêt d'Hortes vint avec la révolution de 1789. Il fut alors abandonné et commença de se dégrader; cependant, si l'on en croit le dessin, il avait encore fière allure à la fin du 19ème s. A cette époque, il était possédé par un certain M. Thuron qui, jugeant son entretien trop onéreux, préféra le faire démolir en 1907. Les plus beaux moellons furent convertis en chaux. De tels actes de vandalisme se passent de tout commentaire.

 

Voici vingt ans, les murailles du château avaient conservé une élévation suffisante, bien que très irrégulière, pour que nous puissions en esquisser le plan.
Nos lecteurs objecteront peut-être qu'il ne reste pratiquement rien du château d'Hortes, car nous ne cessons de leur répéter que depuis les années soixante-dix, la ruine déjà avancée, s'est considérablement aggravée. Nous leur révèlerons pourtant que les caves, fort belles et voûtées, sont encore intactes, à l'exception d'une seule d'entre elles, qui s'est effondrée.Voilà qui est bien peu, sans doute...

A la suite de l'abbé Mondon, nous ne saurions conclure autrement : "Sic transit gloria mundi" : ainsi passe la gloire du monde...

Sources : - La baronnie de Marthon. Abbé Mondon. 1895-96-97.

- Pré-inventaire du canton de Montbron. F. Fils. 1972.

 

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