Autour d'Ecuras. Journal d'Histoire locale, monuments, folklore.
Par Mme Fils Dumas-Delage. ISSN : 1153-0014. Tous droits réservés

No 12, Avril 1992

- L'EGLISE SAINT-MARTIN DE VOUTHON -

 

La chapelle Saint-Martin de la commanderie de Vouthon fut construite par les Templiers, passa à l'ordre de Malte puis devint église paroissiale. Datable du 12ème s. elle subit de nombreux remaniements, dès la fin du 12ème s, au cours des guerres anglaises, au 15ème s. Sa sacristie date du 19ème s.

 

Du 12ème s., elle n'a conservé que sa nef qui comporte deux étroites travées, couvertes d'une voûte en berceau brisé, avec arcs doubleaux sur demi-colonnes. L'un des chapiteaux présente un intéressant personnage tenant sa tête.
Plus tard, afin de mettre en place le choeur, sans doute à l'occasion de travaux d'agrandissement du sanctuaire, la travée orientale fut coupée par un grand arc à trois rouleaux, sur pilastres à ressauts avec colonnes.

En guise de chevet, un grand mur vertical fut monté et percé d'une vaste baie séparée en trois par deux meneaux verticaux. Cette ouverture datable du 15ème s. est venue remplacer le triplet roman qui devait exister à l'origine. Un triplet est constitué de trois étroites baies en plein cintre placées côte à côté et éclairant le choeur. Notons la présence d'un grand arc en plein cintre couvrant tout le fond du choeur.
Il existe deux autres fenêtres cintrées à colonnettes intérieures, dont l'une est située au sud, l'autre au nord-ouest de la travée orientale. Ces deux ouvertures furent elles aussi remaniées plus tard.

La façade a subi de très importants remaniements au cours des guerres anglaises. Elle se termine horizontalement et possède une porte àquatre rouleaux et un cordon. Le rouleau intérieur, le plus ancien, est en plein cintre et sur piedroits; les autres sont brisés, sur colonnes, dont plusieurs ont perdu leurs fûts d'origine. Ces colonnes comportent des chapiteaux ornés de crochets, alternant, pour certains, avec des visages humains. Leurs bases sont ornées de griffes.

Au-dessus de la porte, nous pouvons remarquer la présence de corbeaux indiquant peut-être l'existence d'un porche aujourd'hui disparu.
Située au-dessus de cet éventuel porche, sur un bandeau, existe une belle fenêtre romane encadrée d'un double rouleau.
On peut aussi noter, au sommet de cette façade, une petite baie en plein cintre dont la vocation a pu être de recevoir une cloche.

 

Les murs latéraux sont renforcés de contreforts plats qui furent repris au cours des guerres anglaises. Seule la corniche du mur sud est ornée de modillons dont certains représentent des masques burlesques. A l'extérieur, les fenêtres sont ornées d'un cordon à têtes de clous.

L'église est construite dans un bel appareil de moellons réguliers, et en dépit de ses nombreux et importants remaniements, on lui reconnait cette sobriété majestueuse propre aux sanctuaires des Templiers.

En effet, comme tous les sanctuaires de Templiers dans notre région, celui de la commanderie de Vouthon obéit aux mêmes règles strictes. A quelques rares exceptions près, toutes les chapelles de l'ordre présentent dés caractéristiques bien déterminées.

La chapelle est de dimensions relativement modestes, et dessine toujours un rectangle. La voûte, soit d'une seule volée, soit soutenue par dés arcs doubleaux, retombe sur les cordons qui courent le long des murs goutterots. Le choeur, fermé par un mur droit, prolonge la nef sans transept.

Ce choeur est généreusement éclairé par trois hautes fenêtres romanes, placées côte à côte, appelées un triplet, et souvent par dés fenêtres latérales. La nef ne possède que la petite fenêtre de la façade.
Extérieurement, nous retrouvons la même uniformité dans l'ordonnancé de la construction. La façade est percée par un portail orné de voussures sur colonnettes et par une fenêtré centrale à l'étage.

 

Un pignon termine cette façade, presque toujours tronqué par un petit clocher en arcade. Le chevet de la chapelle se termine par un autre pignon qui surmonte le triplet, dont les baies sont étroites et hautes. Pour finir, des contreforts plats, toujours du même type, renforcent l'édifice aux angles. Le décor sculpté est discret, se limitant souvent à la reproduction de feuillages.

D'une manière générale, la sévérité, une certaine austérité rigoureuse qui sont à l'image de la règle de l'ordre, sont la marque de nos sanctuaires de Templiers en Charente, ce qui n'exclut pas harmonie et majesté alliées à une grande pureté.

Sources :
- Fouillé du diocèse d'Angoulême. Abbé Nanglard. 1894.
- Les Templiers en Charente. Charles Daras. S A H C. 1981.
- Les Templiers et leurs commanderies en Aunis, Saintonge, Angoumois.
Jean-Claude Bonnin. Edition Rumeur des Âges. 1983.

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