Autour d'Ecuras. Journal d'Histoire locale, monuments, folklore.
Par Mme Fils Dumas-Delage. ISSN : 1153-0014. Tous droits réservés

No 12, Avril 1992

- MALADIE DU CHANOINE DEGORCE -

Voici une lettre ni datée, ni signée, mais que nous situons au l8ème s. Plus qu'une ordonnance à proprement parler, il s'agit plutôt du récit de la maladie du chanoine Degorce, accompagné de la mention des médications qui lui furent administrées.

"La maladie du chanoine Degorce commença par un crachement de sang puce (1), une toux fort opiniâtre, un flux de ventre accompagné de sueur nocturne et d'une insomnie. On le fit purger légèrement et on le mit de suite à l'usage du suc d'ache (2), et au défaut de l'ache, l'usage du suc de plantin, de cresson et de cucubanga (?); il en prenait tous les matins un petit verre, et demi-heure après, une écuelle de petit lait d'ânesse qu'il continua pendant quinze jours ou trois semaines, au bout duquel temps on le fit purger comme auparavant. On lui fit ensuite prendre le lait entier d'ânesse continuant toujours le suc ordinaire de drusa (3) aussi longtemps qu'il s'en trouvera bien; il prenait le soir avant le coucher gros de pierre (4) dont Monsieur Dulignon savait la composition connue, deux fèves et par dessus un orge mondé fait avec une douzaine d'amandes pilées avec un peu de semence de pavot, de l'eau d'orge (5), on y mettait un peu de sucre pour qu'il fût plus agréable à prendre; il faut remarquer que l'on mettait les deux tiers d'eau d'orge dans le lait ou d'eau de chaux lorsque le crachement de sang continuait. L'on se servait de lait de chèvre au défaut de lait d'ânesse et à mesure que son estomac se fortifiait, on diminuait l'eau d'orge ou de chaux et on lui fit même prendre le lait de vache entier pour le rengraisser, parce qu'il était fort maigre; il faut pourtant observer qu'on lui retranchait le lait lorsque la fièvre lui survenait; il ne mangeait ni sel ni poivre, peu de pain, si ce n'est dans le potage du soir".

Il semble ressortir de cette lettre que le chanoine Degorce ne succomba pas à sa maladie, aussi graves que puissent nous apparaître ses symptômes, et légères les diverses médications...

(1) puce :
brun.

(2) ache :
ombellifère. L'ache est diurétique, expectorante et résolutive. Cette plante, modifiée par la culture, a donné le céleri.

(3) drusa :
la druse est une pêche de vigne; c'est également une ombellifère.

(4) pierre : nom donné à diverses substances solides employées en thérapeutique.

(5) orge mondé : grains d'orge qu'on a passés entre deux meules pour les débarrasser de leur première enveloppe. S'employait en tisanes ou décoctions comme adoucissants et légèrement nutritives.

Sources : Archives de Ferrières.

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