Autour d'Ecuras. Journal d'Histoire locale, monuments, folklore.
Par Mme Fils Dumas-Delage. ISSN : 1153-0014. Tous droits réservés

No 13, Juin 1992

- LE COSTUME TRADITIONNEL FEMININ -

 

Les inventaires après décès peuvent nous donner un aperçu précis de garde-robes féminines. Voici ce que possédait Marie Lairaut de Massignac, le 27 juin 1832 par exemple :
- trois tabliers en toile mi-usés, un autre de retors tout neuf.
- trois mouchoirs de cou pour femme, mi-usés, un autre neuf.
- une paire de brassières neuves en cadis bleu, deux autres paires l'une en cadis et l'autre en étoffe, neuves.
- une autre paire de brassières en étoffe grise.
- quatre jupes de droguet mi-usées.
- deux tabliers en droguet.
- deux jupes en toile étoupe.
- une jupe en sergette aux trois quarts usée.
- cinq paires de poches pour fuseaux en toile étoupe.
- onze tabliers en toile étoupe au quart usés.
- trois coiffes en toile réparonne, dix-neuf en toile de coton.

Les inventaires après décès sont nombreux pour tout le 19ème s. et, complétés par quelques pièces subsistantes et des témoignages oraux, ils permettent de décrire le costume féminin de travail dans notre région de Charente limousine à cette époque.

La femme était chaussée de la manière suivante :
Elle portait des sabots de bois pleins, parfois ferrés, des chaussons de laine tricotée noire ou brune, des sortes de semelles de paille tressée, et des "chausses" ou bas de laine tricotée, montant au-dessus du genou, noires ou brunes, fixées avec des sortes de jarretières elles aussi tricotées, mais au point de riz.

Sur le corps, une chemise de toile dont les manches arrêtées au-dessus du coude étaient souvent en calicot. Selon les modèles, le décolleté était arrondi ou carré, avec une fente devant. Cette chemise qui descendait à peu près au niveau du genou servait aussi de chemise de nuit.

Pour ce qui est du pantalon, il est certain que les femmes n'en portaient pas; les culottes ouvertes n'apparurent que vers 1880, et encore ne se portaient-elles éventuellement que les jours de fête.

Les témoignages sur le nombre de jupons portés sont très variables, mais, en général, il semble que les femmes portaient un cotillon de toile fine ou de calicot sans broderie par-dessus la chemise. Le décor de ce cotillon se ramenait à un simple plis plat cousu à une trentaine de centimètres du bas, ou bien à un petit picot de crochet cousu en bas.
Par-dessus, un deuxième cotillon de cotonnade blanche ou de couleur, unie, rayée, parfois à carreaux, très rarement à motifs, ou tout simplement en grosse toile de chanvre.
L'hiver, on pouvait remplacer ce jupon jugé trop léger par un jupon de laine noire tricotée auquel on pouvait encore ajouter d'autres jupons pour faire épaisseur. Tous ces cotillons étaient munis d'une ceinture de tissu qui se nouait autour de la taille. Venait ensuite le jupon de dessus, que nous appelons jupe. Il en existait de deux formes : soit ouvert au milieu sur le devant et garni de grands plis réunis par un plis creux au milieu du dos; soit ouvert sur le côté gauche, avec des plis plats sur les côtés, et des plis d'une autre forme dans le dos. C'était là le modèle le plus courant. Ces jupons de dessus étaient en droguet uni ou rayé, en étoffe grise, noire, en étamine noire, en saumière et même en droguet blanc.

Certains d'entre eux étaient faits de deux tissus différents : le tiers supérieur était d'une étoffe assez fine, le bas en tissu plus résistant. On pouvait jouer sur les contrastes de couleurs : c'est ainsi que l'on pouvait trouver la partie supérieure rayée verticalement et le bas uni; ou bien la partie supérieure unie et le bas en tissu rayé horizontalement etc...
Le bas de ces jupons étaient toujours gansé de noir pour prévenir une usure trop rapide. Certains d'entre eux étaient à bretelles.

Ce jupon de dessus pouvait être relevé sur la tête pour protéger d'une soudaine averse, tout comme il pouvait être à demi-relevé, fixé par derrière avec une épingle pour travailler plus facilement aux champs. L'été, il était souvent ôté, et le jupon de toile de chanvre servait alors de jupon de dessus, soit de jupe.

Le tablier qui ne se quittait jamais pouvait être de droguet, le plus souvent brun, mais en général, il était de toile de chanvre. Le tablier à bavette était réservé aux servantes des maisons bourgeoises. Ce tablier, très enveloppant, descendait jusqu'au bas des jupons. Il comportait deux poches et le coin inférieur droit était souvent relevé dans la poche gauche. Il pouvait même être entièrement relevé, coincé dans la ceinture, et former ainsi une grande poche. Pour filer aux champs, une poche de toile était accrochée par une ceinture par-dessus le tablier.

La "brassière" se portait par-dessus la chemise, sorte de corsage à manches longues, taillée en forme, à la taille très haute, en souvenir des modes du Premier Empire, et dont le col s'arrêtait juste au ras du cou, ou bien dont l'encolure était légèrement décolletée et arrondie. Jamais la brassière n'était baleinée ni matelassée, comme c'était la mode vers le Poitou, et elle était boutonnée sur le devant. D'après des témoignages oraux, il aurait existé certains modèles lacés sur le devant, et non boutonnés. Cette brassière était en droguet, en drap marron, en étoffe grise, en cadis bleu etc...

Vers la fin du 19ème s. la brassière a été remplacée par la "camisole" de satinette noire ou imprimée, parfois bien ajustée, parfois large et souvent munie d'un étroit petit col.

Le mouchoir de cou était un carré mesurant environ soixante centimètres de côté. On le portait plié en pointe et épinglé haut sur la poitrine, ce qui laissait flotter les deux pointes. Pour le deuil, le mouchoir de cou était blanc. Ils étaient en cotonnade à rayures croisées où dominaient le bleu, l'indigo, le violet, le blanc et quelques filets rouges. A la fin du 19ème s., les jolis mouchoirs d'indienne, en vogue depuis le 18ème s. avaient totalement disparu.

Comme le prouvent les actes notariés, les femmes portaient des coiffes de toile, mais vers 1880, la mode avait changé et on ne portait plus que la "cravate" , pointe ou carré plié en pointe, faits d'une cotonnade qui rappelait celle des mouchoirs de cou. On pouvait mettre un second mouchoir par-dessus la cravate. Aux champs, les femmes portaient des chapeaux de paille ou de joncs qui ressemblaient à ceux des hommes. La quichenotte était inconnue.

Pour se protéger de la pluie, du froid, on n'utilisait pas cette belle cape noire à fermoir d'argent réservée aux grandes occasions, mais on prenait une cape beaucoup plus commune, de drap ou de cuirlaine, noire ou brune, dont la coupe était identique à celle de la cape de sortie.

Après avoir évoqué ce costume féminin traditionnel au cours du 19ème nous nous pencherons sur le costume masculin dans notre prochain N°.

Sources : "Notes sur les tissus et le costume traditionnels du pays confolentais" par Pierre Boulanger. Ethnologia N°9. 1979.

 

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