Autour d'Ecuras. Journal d'Histoire locale, monuments, folklore.
Par Mme Fils Dumas-Delage. ISSN : 1153-0014. Tous droits réservés

No 13, Juin 1992

- QUERELLE ENTRE COUSINS ECURAS - 1655 -

 

La plainte suivante, adressée le 1er août 1655 au Lieutenant Criminel en la Sénéchaussée et Présidial d'Angoumois par les dames de la famille de Chevreuse des Deffaix, met en scène une situation gravement conflictuelle entre deux familles huguenotes apparentées : les de Chevreuse des Deffaix et les de Chevreuse du Vallon, paroisse d'Ecuras.

"Sur la requête à nous présentée par damoiselles Marguerite Masson, Catherine et Jeanne de Chevreuse ses filles, disant qu'elles sont en possession de jouir d'une métairie qu'elles ont au village des Deffaix en la paroisse d'Ecuras, laquelle elles font valoir par métayer et ayant fait sur une charrette de gerbes d'avoine, le métayer en la conduisant aurait été rencontré par plusieurs personnes sur le chemin avenant des Pies et sur cela, lesquelles par force et violence auraient emmené la charrette, les bœufs, le ... et les gerbes en la maison du sieur du Vallon; et ont appris les dites suppliantes que ce sont le dit sieur du Vallon et son fils qui auraient fait et fait faire le dit vol".

Le vol de cette charrette, de ses bœufs et de son chargement d'avoine n'est qu'un des épisodes des méfaits du sieur du Vallon et de son fils qui n'hésitent pas à avoir recours à la violence pour nuire à leurs cousines, entravant leurs travaux agricoles par les moyens les plus odieux :

"... et encore icelui sieur du Vallon d'animosité qu'il porte aux suppliantes, désirant avoir leur bien par force et violence, aurait à main armée et assemblées illicites empêché les suppliantes de faire labourer leur vigne , battre et ensemencer les labours et jeté iceux hors de ladite vigne, pour raison de quoi elles ont souffert de grands dommages et intérêts, les dites vignes étant demeuré en souche..."

Le but du sieur du Vallon est clair : il veut s'approprier le bien de ses cousines "par force et violence". Aussi, Marguerite Masson et ses deux filles, Catherine et Jeanne de Chevreuse, ne pouvant plus supporter les "excès, vols et violences" dont elles sont les victimes de la part du sieur du Vallon, demandent que des témoins soient entendus, que l'information soit faite, et portent leur plainte devant le Lieutenant Criminel d'Angoumois, afin que cette plainte et les dépositions des témoins soient "communiqués au Procureur du Roi".

Nous avons déjà rencontré ces deux branches de la famille de Chevreuse dans notre N° 11 de février 1992. La branche des Deffaix comme celle du Vallon avait pour armes : "de gueules au sautoir d'argent cantonné de quatre mollettes de même". (Armorial Poitevin).

Les seigneurs des Deffaix comme ceux du Vallon descendaient de François de Chevreuse, écuyer, sieur du Montizon, qui avait épousé dans le courant du 16ème s. Françoise de Lavaud.
Leur fils, Martial de Chevreuse, écuyer, devint sieur des Champs ou de Chambes par son mariage avec Marguerite Masson, le 2 février 1597. Le fief de Chambes était possédé dès le 15ème s. par les Masson (paroisse de La Plaud).

Martial de Chevreuse décèda entre 1626 et 1630, donc Marguerite Masson était veuve au moment du procès contre les de Chevreuse du Vallon. Elle décèdera elle-même en août 1658.

Parmi les cinq enfants de Martial de Chevreuse et de Marguerite Masson, on compte Catherine qui épousa Pierre Noblet en 1634, et Jeanne qui épousa Isaac Mayou, sieur de Loisaud, en 1648.
En 1656, Jeanne de Chevreuse et son mari habitaient aux Deffaix.

Par ailleurs, nous savons que Marguerite Masson, huguenote, avait dû arrenter tous ses biens après son veuvage, y compris ceux des Deffaix, à Jean de Galard de Béarn de Nadaillac, catholique, par contrat de décembre 1655.

D'autre part, le sieur du Vallon mentionné dans la plainte des daines de Chevreuse des Deffaix était Jean, écuyer, sieur du Vallon qui décéda en 1689. Il eut quatre filles et deux fils, tous deux prénommés Jacob .

Nous savons que ces de Chevreuse, tant des Deffaix que du Vallon, étaient huguenots depuis au moins deux générations, et nous connaissons les difficiles conditions de survie réservées aux Protestants sous le règne de Louis XIV, bien avant même la révocation de l'Edit de Nantes. Que les biens de petits hobereaux huguenots fussent arrentés à un riche seigneur catholique n'a rien de fortuit.

Il est bien difficile d'imaginer les causes et les conséquences de l'arrentement des biens des de Chevreuse des Deffaix, d'autant plus que les de Chevreuse du Vallon s'y trouvaient mêlés, ayant eux-mêmes arrenté partie ou totalité de leurs biens au même Jean de Galard de Béarn de Nadaillac.

Les mentalités ne changeant guère, nous avons toutes raisons de croire que l'affrontement entre les deux familles de Chevreuse avait pour origine des problèmes d'intérêts plus ou moins inextricables.

Sources : Archives de Ferrières.

 

 

 

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