Autour d'Ecuras. Journal d'Histoire locale, monuments, folklore.
Par Mme Fils Dumas-Delage. ISSN : 1153-0014. Tous droits réservés

No 14, Août 1992

- LE CHÂTEAU DE LA BRECHINIE A GRASSAC -

Le château de la Bréchinie est situé à l km 500 de Grassac. Construit au début du 18ème s. il a tous les charmes d'un classicisme souriant adapté aux châteaux et logis de notre région. Rien d'austère ni de pompeux, mais une grande harmonie des lignes et des volumes font de ce logis noble une résidence charmante, bien qu'endormie de nos jours.

De la route de Grassac à Charras, on peut admirer sa façade ouest. Un long corps de bâtiment central se raccorde à ses deux extrêmités à deux courtes ailes perpendiculaires à celui-ci. Les toitures sont à la Mansart et ont conservé une grande partie de leurs petites tuiles plates d'origine.

La porte d'entrée centrale est surmontée d'un fronton sculpté, assez lourd, en haut relief. Une certaine naïveté baroque dans cette sculpture lui donne une séduction que n'aurait certainement pas eu une œuvre au classicisme trop strict.

Le rythme des ouvertures de ce corps de bâtiment central : deux fenêtres de chaque côté de la porte, répondant aux cinq hautes fenêtres de l'étage, est repris au niveau des mansardes, elles aussi au nombre de cinq. Chacune des ailes est percée d'une porte-fenêtre au rez-de-chaussée, surmontée d'une fenêtre à l'étage, avec une mansarde identique dans la toiture, et le rythme en est le même. Toutes les mansardes sont identiques : fronton triangulaire et jolies volutes sculptées latérales.

Nous avons volontairement omis de mentionner la présence d'une fenêtre supplémentaire et la transformation en porte-fenêtre d'une fenêtre d'origine, à la gauche du corps de logis principal, car il doit s'agir là d'aménagements tardifs, datant du l9ème s. sans doute, et qui nuisent à l'harmonie de la façade.

Un autre petit corps de bâtiment, dont une partie possède une toiture très pentue, est greffé contre l'aile droite de cette façade, et ceci sans aucun dommage pour l'équilibre de celle-ci.

La façade est ne peut se voir de la route. Elle est également très bien rythmée par la grande porte centrale et son perron, ainsi que par les hautes fenêtres régulières du rez-de-chaussée, répondant à six fenêtres au premier étage, et à six mansardes ouvrant dans la toiture. Dans cette façade est se lit le même désir de classicisme que dans la façade ouest.

Toujours à l'est, dans l'ancienne cour d'honneur, la chapelle se dresse toute proche du château. Hormi son petit clocher pointu à quatre pans, émergeant de la masse de lierre qui dissimule l'ensemble, on ne peut guère en deviner l'architecture.

Tout le domaine est enceint d'un mur de pierre, parfois partiellement éboulé, et en avant de la façade ouest, toute proche de la route, est campée une fuite à la toiture en poivrière, recouverte de petites tuiles plates. Elle est malheureusement en mauvais état.
Une petite tour fait pendant à cette fuie à l'autre coin de l'enceinte. Elle semble en meilleur état que la fuie.

Nous l'avons dit et ne pouvons que le redire, le château de la Bréchinie, actuellement dans un état de conservation relativement bon, est certainement l'un de nos plus charmants châteaux construits à l'époque classique.

Le fief de La Bréchinie, tout comme celui de la Forêt d'Hortes appartenait dès le 16ème s. à la famille de Vassoigne. Il relevait de Marthon à hommage lige, sous le devoir d'un épervier garni de ses vervelles d'argent, apprécié un écu d'or, à muance de seigneur et de vassal; de plus, il payait à l'abbaye de Grosbost une rente annuelle de deux boisseaux de froment, 10 sols et 8 deniers.

Les de Vassoigne, famille de vieille noblesse, sont originaires du Soissonnais. Parmi leurs plus illustres représentants, on compte Jean de Vassoigne, chancelier de France mort en 1300, et Robert de Vassoigne, grand-officier de la couronne de France, évêque de Tournay, mort en 1357, inscrit sur le martyrologue de Saint-Gervais de Soissons.

Le premier de Vassoigne dont il soit fait mention dans notre région est Jean de Vassoigne, écuyer, seigneur du fief de la Forêt de Feuillade, qui épousa après contrat du 15 octobre 1430 Marguerite de Saint-Laurent, dame de la Forêt de Feuillade.

Un siècle plus tard, Philippe de Vassoigne est le premier membre de cette illustre famille qui soit à la fois seigneur de la Forêt d'Hortes et de La Bréchinie. Il épousa après contrat du 13 juillet 1537 Clémence Dexmier, puis en secondes noces, Louise de Champagny. Il faut donc attendre le début du 16ème s. pour voir apparaître le premier de Vassoigne seigneur de La Bréchinie.

 

Les armes des de Vassoigne sont:
"d'or au lion de sable, couronné du même ou de gueules, armé et lampassé de gueules, à trois souches d'arbre de sable, 2 et 1". Les souches sont ajoutées à cause du titre de seigneur de la Forêt d'Hortes.
Devise : "Dieu et le Roi". (Froidefond).

Le logis actuel et sa chapelle furent construits au début du 18ème s par René de Vassoigne.
La chapelle fut bénite le 26 novembre 1726 par l'archiprêtre de Grassac.

René de Vassoigne était fils de François de Vassoigne, écuyer, seigneur de la Bréchinie, et de Pétronille de Galard de Béarn. René de Vassoigne, chevalier, seigneur de la Bréchinie à son tour, était capitaine au régiment royal de la marine, chevalier de Saint-Louis. Il épousa après contrat du 23 décembre 1715 Marie-Julie de Galard de Béarn, inhumée à 84 ans dans l'église de Feuillade. De cette union naquirent six enfants, dont Pierre qui suit.

Pierre de Vassoigne, seigneur de la Bréchinie, Beauchamp et du Mas-Milhaguet, capitaine au régiment royal de la marine, épousa Marie-Claude Prévost de Sansac de Touchimbert dont il eut cinq enfants : René, Auguste, Elie, Jean et Thérèse.

Nous arrivons alors à l'époque révolutionnaire.
Trois des fils de Pierre de Vassoigne émigrèrent en 1791 : René, né le 7 novembre 1761, Auguste, né le 19 août 1765, et Elie, né le 26 mars 1769.
Tous trois firent la campagne de 1792 dans l'armée des Princes, et furent inscrits sur la liste générale des émigrés le 2 juin 1792. Auguste continua les combats contre les armées républicaines dans l'armée de Condé, tandis que ses frères, menant la même lutte, entrèrent dans des régiments à la solde de l'Angleterre.

René de Vassoigne épousa Julie-Hélène de Balatier, Auguste de Vassoigne mourut sans alliance sous le second Empire, et Elie de Vassoigne, que ses campagnes militaires avaient conduit en Martinique, s'y maria avec N. de La Beaume. Il mourut au château du Repaire en 1846.

Le seul frère qui n'avait pas émigré, Jean, alias Jean-Baptiste, épousa Louise Elisabeth de Roffignac. Cette dernière a laissé à la postérité des Mémoires où elle conte son existence sous la Révolution de 1789.

Nous devons mentionner que le domaine de la Bréchinie fut mis sous séquestres comme bien d'émigrés en 1793 : biens meubles et immeubles, château, fermes, métairies, terres etc...

Nous abandonnerons les de Vassoigne pendant presqu'un siècle, pour les retrouver à la fin du l9ème s. possédant toujours la Bréchinie. Ainsi, ce domaine sera resté dans la même famille pendant plus de 350 ans, ce qui est assez remarquable.

La Bréchinie passa alors à la famille de Bodard de La Jacopière par le mariage d'Alin de Vassoigne (1861-1943) avec Charles de Bodard de La Jacopière (1854-1921). Leur petit fils, autre Charles de Bodard de La Jacopière, décéda sans alliance ni postérité en 1980. Le domaine de la Bréchinie fut alors vendu. Le château fut acquis par la famille Schreiner qui le possède actuellement.

Bibliographie :
- La baronnie de Marthon. Abbé Mondon.
- L'Emigration militaire. Campagne de 1792. Armée des Princes. Compagnies de Saintonge, Aunis et Angoumois. Par Jean Pinasseau édité chez Picard. Paris 1971.
- L'Emigration militaire. Emigrés de Saintonge, Aunis et Angoumois dans les corps de troupe de l'émigration française. 1791-1814. par Jean Pinasseau édité chez Picard. Paris 1974.

 

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