Autour d'Ecuras. Journal d'Histoire locale, monuments, folklore.
Par Mme Fils Dumas-Delage. ISSN : 1153-0014. Tous droits réservés

No 14, Août 1992

- LE COSTUME TRADITIONNEL LIMOUSIN CHARENTAIS AU l9ème SIECLE - LE COSTUME MASCULIN -

 

Dans le N° 13 de notre journal, nous avions évoqué les tissus anciens ainsi que le costume traditionnel féminin de notre Charente limousine au cours du l9ème s. Présentement, nous aborderons le costume masculin paysan, toujours d'après des inventaires après décès, quelques éléments authentiques d'habillement, et des témoignages oraux.

 

Voici la garde-robe d'un certain Michel Besse, à Verneuil, d'après l'inventaire fait de ses biens le 6 avril 1829.
-"trois vestes d'étoffe de pays, un gilet rond même étoffe.
- cinq pantalons dont deux de droguet et trois d'étoffe.
- trois vieux gilets de flanelle.
- onze paires bas de laine, trois bonnets de coton, huit gilets en cotonnade et six en étoffe.
- deux cravates de soie et deux en coton.
- onze mouchoirs de poche, deux bonnets de laine.., avec deux manteaux en étoffe... une cravate en coton à raies blanches et violettes.
- une veste presque neuve, étoffe de pays bleu mélangé, un pantalon même étoffe, un autre pantalon étoffe bleue, deux gilets bleus".

L'homme était chaussé de la manière suivante :il portait des sabots pleins, des chaussons tricotés semblables à ceux des femmes, et des "chausses" montant à mi-mollet, tricotées à grosses côtes, ce qui les raidissait.

Entre 1820 et 1830, on voit disparaître culottes et guêtres qui furent remplacées par le pantalon à pont de droguet bleu ou d'étoffe bleue. Des pantalons de grosse toile de chanvre blanche, semblable a la toile de sac, sont mentionnés par des témoignages oraux. On les portait en été, ainsi que des pantalons de toile bleue.
Les inventaires ne mentionnent pas de guêtres. Seules sont rappelées par le souvenir de vieux témoins des sortes de guêtres grossières, faites d'un morceau de vieux sac lié à la cheville et sous le genou, que l'on utilisait pour protéger le bas du pantalon quand on liait les gerbes.

Pour les labours, on portait des "escarpins" ou des "brodequins". Les escarpins étaient des sortes de demi-souliers en cuir, qui montaient au-dessus de la cheville, étaient coupés pour laisser passer les orteils et que garnissait en-dessous une demi-semelle en basane. On glissait ces escarpins dans les sabots.
Les brodequins étaient des sortes de demi-guêtre de cuir, maintenues par un sous-pied et fermées par deux brides vers l'extérieur du pied. Ils montaient à une dizaine de cm au-dessus de la cheville.

Les gens du bâtiment ont beaucoup porté des sortes de houseaux de cuir bouilli, fermes par une bride sous le genou et une autre à la cheville. Cette pièce que les paysans ont aussi portée n'apparaît pas avant 1900.

On serrait le pantalon par une large ceinture de flanelle enroulée par-dessus. Parfois bleue, elle était le plus souvent rouge. C'est que l'on croyait à la vertu du rouge contre le mal de reins.
A l'occasion des moissons, il n'était pas rare que l'on enlevât son pantalon pour travailler en chemise. Nous avons en mémoire une miniature des "Très riches heures du duc de Berry" qui nous prouve que cet usage était déjà pratiqué au Moyen-Âge. Par ailleurs, comme les chemises de femme, les chemises d'homme descendaient aux genoux. Les cols de ces chemises étaient très souvent en calicot et les manches étaient relativement courtes. En effet, les couturières les coupaient ainsi afin que les poignets soient protégés par la veste ou la blouse, ceci dans le but de ne pas les salir trop vite. N'oublions pas que l'on ne faisait la lessive que deux fois par an, au mieux...
Les cols étaient assez étroits, car la plupart des hommes ne les fermaient pas et portaient en dedans un mouchoir de poche plié en pointe et noué pour arrêter la sueur, la poussière, les brins de paille, de foin etc...

Les hommes portaient des gilets, avec ou sans manches.
Nous trouvons dans l'inventaire après décès des biens de Pierre Raballet, à Rancogne de Genouillac, en août 1863:
"Trois vestes rondes ou gilets à manches de tissu, le devant étant en tricot mécanique, fermé par des galons." Ces tricots mécaniques provenaient de Saint-Laurent-de-Céris et étaient éxécutés sur des métiers. On les revendait dans tout l'ouest du Limousin.

La veste pouvait être de toile bleue, de "drap gris bleu de façon de pays", d'étoffe bleue ou de cadis gris.

La blouse se portait aux champs, serrée à la ceinture par une ficelle, vers 1900.

Sur la tête, l'homme portait un bonnet de laine tricotée, bleue ou brune, avec une longue pointe. Les paysans se fabriquaient eux-mêmes des chapeaux de paille ou de joncs, qui avaient un bord assez large et une calotte plus ou moins haute. Hommes et femmes portaient les mêmes.
Ces chapeaux étaient fabriqués d'une tresse de paille ou de jonc à cinq brins; quand on avait obtenu une tresse d'une quinzaine de mètres, on la cousait en spirale, après l'avoir mouillée et en se servant d'un rondin de bois comme forme. On utilisait de la paille "blanche", c'est à dire de bonne qualité, pour obtenir une bonne tresse.

Par mauvais temps, l'homme se protégeait d'un sac replié en forme de capuchon, mais on peut aussi trouver mentionné dans les actes:
- un manteau en drap bleu teint en pièce...
- un manteau en étoffe gris de fer... La limousine était abandonnée depuis longtemps, bien que, parfois, elle soit encore mentionnée dans les inventaires:
- un manteau-limousine mi-usé estimé la somme de trois francs...
- deux manteaux-limousines estimés huit francs...
- un manteau appelé limousine prisé quinze francs...

Il est surprenant que l'on ne trouve pas mention de sabots, et très peu de blouses. Ces pièces d'habillement si usitées avaient-elles si peu de prix que l'on ne jugeait pas nécessaire d'en parler ?

Sources :
- Notes sur les tissus et le costume traditionnels du pays confolentais par Pierre Boulanger. Ethnologia n°9. 1979.

 

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