Autour d'Ecuras. Journal d'Histoire locale, monuments, folklore.
Par Mme Fils Dumas-Delage. ISSN : 1153-0014. Tous droits réservés

No 15, Octobre 1992

- ETAMPA - UNE VILLA GALLO-ROMAINE A MONTBRON -

 

Situés sur un ample coteau essentiellement couvert de vignes, entre les villages de Courtillas, de Lavaud et de La Forge, à 3km environ de Montbron, on découvrit à la fin du 19ème s. ou au tout début du 20ème, à l'occasion de la plantation d'une vigne, les vestiges d'une station gallo-romaine d'une importance certaine. L'attention des archéologues fut d'autant plus vivement attirée par ces découvertes que l'on venait de mettre à jour la station des Bouchauds.

Les trouvailles étaient très riches : nombreux débris au sol de tuiles et de briques romaines, tessons de poterie, fûts de colonnes, fragments de mosalques, et même statues plus ou moins mutilées etc... tout permettait d'affirmer que l'on avait affaire à une grosse villa, si ce n'est à une agglomération rurale gallo-romaine.

Aujourd'hui encore, soit un siècle plus tard, alors qu'aucune sorte de fouille n'a été pratiquée, on peut toujours glaner, entre les pieds de vigne, des éléments constituant les mosaïques, petits cubes de pierre blanche, noire, menues boules rouges; nous pouvons encore rassembler de nombreux débris de tuiles et des tessons de poterie, soit commune, soit vernissée noire, soit sigillée. Nous sommes également surpris par l'importance des zones calcinées.

L'histoire est muette à l'égard de cet établissement gallo-romain comme le souligne P. F. Marvaud dans ses "Etudes historiques sur 1' Angoumois" et il ajoute "les débris et décombres sont là pour témoigner d'un peu de vérité".

Le propriétaire du terrain, M. SAUZET, qui, à la fin du 19ème s. ou au début du 20ème s. avait fait faire des travaux de défoncement pour planter une vigne sur une partie du site, en a retiré en particulier:
- Un beau fragment de mosaïque de 0.98m sur 0.87m composé de petites pierres cubiques de 0.01m à 0.15m de côté, disposées en forme de damier. "Il y a, dit M.Sauzet, des rangées de pierres blanches, bleues, noires, vertes et rouges, avec semis ou jeté de petites pierres jaunes; la forme du damier est disposée en travers sur ces rangées; il y a six points noirs de 0.05m de côté et cinq points blancs".
- Une partie de fût de colonne de 0.33m de diamètre à la base et de 0.29m dans le haut, sur 1.90m de hauteur;
- Un autre fragment de colonne, carré à la base, de 0.53m de côté s'arrondissant vers le haut, avec superbes moulures et se réduisant à un diamètre de 0.28m La hauteur est de 0.30m
- Des pierres de couleurs diverses, taillées en carré, en losange, en triangle, de 0.10m à O.15m de côté, très finement travaillées et aussi bien polies sur une face que les tablettes de marbre peuvent 1' être.
- Enfin, une multitude de débris de mosaïque et de nombreuses traces de charbon.

Voici une cinquantaine d'années, la tradition populaire donnait à ce site le nom d'ETAMPA. Puisqu'aucune fouille systématique n'a jamais été pratiquée, nous ne pouvons savoir avec exactitude quelle surface couvre le site, et si nous sommes en présence d'une seule et très importante villa ou bien d'une véritable agglomération. Nous penchons pour interpréter les trouvailles dans le sens de l'existence d'une seule villa, mais très importante.
Si nous nous référons à l'allusion faite aux découvertes de charbons, si nous pouvons témoigner d'avoir nous-même ramassé, outre des débris de tuiles, de poteries, de mosaïques, des débris calcinés, nous pouvons conclure à un incendie de la villa au moment des grandes invasions, sans grand risque d'erreur.

Nous pouvons également attester avoir observé et admiré un important fragment de mosaïque, mesurant environ 50cm de côté, et qui était exposé dans la cour du docteur Durousseau-Dugonthier, étant sa propriété personnelle et provenant d'Etampa.

N'est pas mentionnée dans l'énumération ci-dessus, l'extraction d'une belle statue de femme, légèrement mutilée, que détenait alors M.Sauzet, et que notre père, M. Dumas-Delâge , avait vue dans sa jeunesse.
Pour notre part, nous avions dégagé, dans un pré jouxtant la vigne, sans avoir rien de plus à faire que de gratter l'herbe, le coin d'une construction qui attend toujours le fouilleur professionnel.

Lorsque, l'hiver, il a légèrement neigé, nous pouvons observer de loin, avec une relative netteté, à l'emplacement du site, et débordant celui-ci, les traces de ce que nous avons toutes les raisons de considérer comme le plan de la villa. En l'occurrence, les photographies aériennes nous seraient bien utiles, à défaut de fouilles systématiques.

Il est à signaler que le site de cette villa est proche de celui de Manteresse. Nous rappellerons à nos lecteurs que Manteresse fut le siège d'une très importante seigneurie remontant au début de la féodalité, et qui, bien après même que son château eût disparu, conserva toutes ses prérogatives juridiques et ses limites territoriales. Le site exact de la forteresse disparue en est repérable dans une motte couverte de halliers, située un peu plus haut que la villa d'Etampa, en allant vers l'Arbre, à droite de la D l6.

Cette villa d'Etampa est devenue pour nous un mythe plus qu'une réalité tangible, faute de fouilles stratigraphiques et nous ne pouvons que le déplorer.

Sources:
- Souvenirs personnels.
- Bulletin de la S.A.H. de la Charente. 1902. Page LXXXVI.

 

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