Autour d'Ecuras. Journal d'Histoire locale, monuments, folklore.
Par Mme Fils Dumas-Delage. ISSN : 1153-0014. Tous droits réservés

No 15, Octobre 1992

- ETIENNE CHERADE, COMTE DE MONTBRON -

 

Etienne Chérade fut baptisé le 14 janvier 1663 dans l'église Saint- André à Angoulême. Il était fils de Clément Chérade, fabricien de l'église Saint-André et riche marchand de drap, et de Madeleine Cladier, elle-même fille de Guillaume, seigneur de Chadurie, procureur au présidial d'Angoumois. Il eut pour "parrain et marraine Estienne Chérade et Magdeleine Cladier, frère et tante dudit Etienne Chérade".
Il épousa après contrat du 21 mai 1693, Madeleine Husson, fille de défunt noble homme Isaac Husson, seigneur de La Platterie et de Saint-Xandre.

Etienne Chérade acquit rapidement les titres de chevalier, comte de Montbron, baron de Marthon, entre autres, grâce à une fortune considérable et à des qualités remarquables d'intelligence et d'activité. Il sut s'élever dans les plus hauts rangs de la noblesse angoumoisine où sa famille comptait déjà de belles alliances.

Agrégé au barreau d'Angoulême comme avocat le 29 mai 1690, il fut capable d'acquérir:
- le 14 mai 1689, de M. de La Charlonie, les offices de lieutenant particulier et de premier conseiller du roi au siège du présidial d'Angoumois. Il devait revendre cette charge en 1692 à Jean Gervais pour la somme de 1 200 livres.
- le 16 avril 1691, de maître Marc-René de Voyon de Paulmy d'Argenson, l'état et l'office de lieutenant général de la sénéchaussée et siège présidial d'Angoumois, les offices de commissaire examinateur au dit siège ainsi que les immeubles du sieur d'Argenson, pour la somme de 80 000 livres.
- en 1692, l'office de maître des eaux et forêts de l'Angoumois.
- en février 1696, de Jean Thomas, écuyer, seigneur des Bretonnières, l'office d'assesseur criminel.
- le 5 janvier 1712, de Pierre Hessein, écuyer, secrétaire des Dragons de France, l'office de secrétaire du roi pour 70 000 livres.
- le 17 septembre 1699. de Henri-Louis Loménie de Brienne, le comté de Montbron, la baronnie de Manteresse et la seigneurie de La Grelière, par acte reçu Monnérat, notaire à Paris, pour la somme de 150 000 livres.
- le 24 juin 1704, le marquisat de Clairvaux et la baronnie de Thuré en Poitou.
- le 14 mai 1710, de Henri de Forgue de Lavedan, la baronnie de La Roche chandrie.
- le 14 février 1712, les baronnies de Marthon et de Blanzac pour la somme de 335 000 livres.
- en 1706, l'office de maire alternatif que venait de créer le roi.

Le 25 octobre 1706, Etienne Chérade vendit pour 21 700 livres payées comptant son office de maire perpétuel d'Angoulême à Jean Mesnard, conseiller du roi, à condition de pouvoir jouir de cet office pendant les 20 ans à venir. Mais en septembre 1707, ayant cédé à Jean Mesnard l'office de maire alternatif, il résigna en même temps ces deux charges.
La moitié de Manteresse et de La Grelière furent cédées en 1762 par Etienne-Adrien Chérade, fils d'Etienne Chérade, à Gabriel-Louis de La Ramière, chevalier, seigneur de Puycharnaud, qui devait les revendre à son tour en 1765.
A la mort d'Etienne Chérade, la charge de lieutenant général estimée à 70 000 livres fut confiée provisoirement à Jean de Paris, en attendant la majorité d'Etienne-Adrien Chérade, qui la prit en 1739 et la garda jusqu'à sa mort.

Ainsi, le comté de Montbron, entre autres, échappait aux hauts et puissants seigneurs pour faire entrer à son tour dans la haute noblesse un grand magistrat, maire d'Angoulême. L'ascension d'Etienne Chérade était effectivement vertigineuse.

Voici comment un riche bourgeois, simple marguillier de sa paroisse et marchand fortuné, voyait son fils devenir, tout d'abord noble de robe, et immédiatement après, riche et puissant seigneur.

Ceci démontre, une fois de plus, que "sous l'ancien régime, comme toujours et partout, une habile administration des fortunes privées conduit à la richesse et par elle au pouvoir, nonobstant tous privilèges, lois et traditions" (Daniel Touzaud). Le fait n'était pas nouveau.

Etienne Chérade possédait comme maison des champs le Petit Mas, paroisse de Vouthon. Il aménagea cette demeure forte de la plus grande ancienneté, et il aimait à y résider, négligeant le château de Montbron qui devait lui sembler bien ingrat. C'est au Petit Mas qu'Etienne ne chérade mourut en 1714.

 

"...le vingt quatrième d'octobre 1714, a esté enterré dans l'église Saint-Maurice de Montbron messire Etienne Chérade, mort le vingt troisième dans sa maison noble du Mas, paroisse de Vouthon, en son vivant chevalier, comte de Montbron, marquis de Clairvaux, baron de Marthon, Blanzac, La Rochandrie, Turet, Manteresse et autres lieux, conseiller du roi, lieutenant général d'Angoumois. L'enterrement fait par moi, curé soussigné, assisté par messieurs les curés des cures de Montbron, Marthon, Manteresse et autres..."
Signé: Emery".

Les armes achetées d'Etienne Chérade et qui devaient être portées par ses descendants sont:
"d'azur à trois fusées d'or placées 2 et 1" (Père Anselme").

Les derniers comtes de Montbron, jusqu'à la révolution de 1789, furent les descendants d'Etienne Chérade.

Références:
- La baronnie de Marthon par l'abbé Mondon. Fin 19ème s.
- La baronnie de Manteresse par Daniel Touzaud édité chez Coquemard à Angoulême en 1903.

 

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