Autour d'Ecuras. Journal d'Histoire locale, monuments, folklore.
Par Mme Fils Dumas-Delage. ISSN : 1153-0014. Tous droits réservés

No 15, Octobre 1992

- FEUILLADE - L'EGLISE SAINT-PIERRE -

 

L'église Saint-Pierre-ès-Liens s'appelait Saint-Natal au 11ème s, lorsqu'elle fut donnée par Adhémar, évêque d'Angoulême, à l'abbaye Saint-Etienne de Baigne. Itier Malet qui en était le possesseur et Robert Vigier son suzerain, accordèrent leur approbation à ce don.

De l'église primitive il ne reste que le mur nord, décoré extérieurement d'une arcature qui ressemble à celle de Marthon.
Nous pouvons dater le monument de la première moitié du 12ème s. àl'exception du mur du chevet, plat, et qui indique que l'église fut tronquée ou resta inachevée.

En effet, l'église semble avoir été prévue pour posséder de plus vastes dimensions et un plan plus riche une abside en cul de four et une succession de coupoles. Intérieurement, la présence de pilastres massifs vient étayer cette hypothèse de voir des coupoles couvrir l'édifice. Comme dans la cathédrale d'Angoulême, nous pouvons admirer les pilastres, de 1m70 de saillie sur 1m95, unis aux murs de la nef par des piédroits, ornés de colonnes sur les trois faces, ainsi que les robustes formerets.
Si les coupoles avaient été édifiées, elles auraient mesuré plus de 8 m de diamètre. Cependant, il ne subsiste ni colonnes supportant 1' amorce de doubleaux, ni pendentifs pour soutenir les éventuelles coupoles.

Il ne demeure actuellement qu'une nef composée de deux hautes et vastes travées, voûtées en bois. Deux petites fenêtres à colonnettes percent chacun des murs de la nef, et sont situées de chaque côté d'un pilastre. Une cage d'escalier part dans l'angle nord-ouest de l'église.

 

Tous les chapiteaux des colonnes et colonnettes sont intéressants, certains sont remarquables. Les uns possèdent un décor rappelant 1' acanthe, les autres des personnages.
Nous citerons la description que fait de l'un d'entre eux l'abbé Mondon dans son ouvrage "La baronnie de Marthon", à la fin du 19ème:

"Les colonnes sont ornées de chapiteaux bien sculptés. L'un d'eux, qui est à gauche en entrant, représente un personnage à cheval, passant sur un homme nu et renversé. Le cavalier barbu et couronné a une figure qui exprime la douceur et la satisfaction. En avant est un homme accroupi, dont les bras, démesurément longs, sont passés sous les jambes, les coudes sur les genoux, et tenant dans ses mains, à la hauteur de ses joues, des objets qui semblent être les jambes d'un autre personnage. Une femme vêtue et drapée se tient debout devant lui, mais elle est peu visible, se trouvant du côté du mur. On a beaucoup discuté sur ce cavalier les uns, s'appuyant sur d'anciens textes, y voient Constantin symbolisant le triomphe du christianisme sur le paganisme; les autres, Charlemagne; d'autres enfin, le seigneur du lieu".
Personnellement, nous donnerons notre version : il s'agirait, plus simplement, d'une représentation de l'Eglise triomphante.

Extérieurement, ainsi que nous l'avons dit, seul le mur nord aurait appartenu à l'église primitive Saint-Natal, et tout le reste de 1' édifice serait une reconstruction datant de la première moitié du 12ème s. a l'exception du mur chevet que nous ne saurions dater.

La façade de Saint-Pierre, étayée à ses extrémités par deux contre-forts qui se retournent sur les côtés, est percée d'une porte à trois voussures en plein cintre, reposant sur des colonnettes à chapiteaux richement décorés d'un savant entrelac entre végétaux et personnages ou animaux fantastiques.
Le premier étage est orné de cinq arcades avec cordon, séparées les une des autres par des pilastres avec colonnettes à anneaux.
Une fenêtre ouvre l'arcade du centre. Au-dessus s'élève le pignon, se terminant par un clocher-arcade à trois ouvertures, posées 1 et 2, et dont deux sont occupées par des cloches.

L'une de ces cloches fut bénite le S juin 1714 par Antoine Chaussat, archiprêtre de Grassac, et reçut pour parrain René de Roffignac, chevalier, seigneur de Belleville, et pour marraine Henriette de Javerlhac, fondatrice de l'église de Feuillade, "faisant pour elle et demoiselle Jeanne de Vassoigne".
Cette cloche fut refondue en 1834.

 

L'autre date de 1737 et reçut pour parrain "haut et puissant seigneur Bernard de Javerlhac", et pour marraine "haute et puissante Anne de La Pice dame de Belleville" si l'on s'en réfère aux inscriptions que porte la cloche et que nous reproduisons ci-dessous.
S. PETRI AD VINCVLA PETRYS DE VASSOYGNES PAROCHVS ECCLESIAE DE FEVILLADE PARRAIN HAVT ET PVISSANT SEIGNEVR BERNARD DE JAVERLHAC MARQVIS DYDIT LIEV MARRAINE HAVTE ET PVISSANTE DAME ANNE DE LA PICE DAME DE BELLEVILLE 1737. Pour ces deux cloches, nous ignorons le nom des fondeurs, et ceci nous semble regrettable.

Ne cherchons pas de presbytère, car il n'y en eut jamais à Feuillade, et depuis plus de deux siècles, le cimetière est Chez Drive. Nous n'avons pas l'intention d'énumérer les curés de Feuillade depuis 1075, mais nous nous arrêterons sur le personnage de Jean-Baptiste de Chavigny, né à Angoulême et curé de Saint-Pierre de 1786 à 1791.

Le 16 février 1791, il prêta un serment partiel et refusa d'adhérer à la Constitution Civile du Clergé. Il accepta de jurer de veiller avec soin sur les fidèles qui lui étaient confiés, d'être fidèle à la nation et au roi et de maintenir l'ordre purement politique. Alors que quelques citoyens l'engageaient à jurer fidélité à la Constitution Civile du Clergé, il leur écrivit, le 13 mars 1791, pour les remercier de leurs conseils qu'il ne suivrait pas, car, plus il y réfléchissait, plus sa conscience l'engageait à persévérer dans son refus.
Le 1er mai 1791, il fut destitué pour refus de serment et écrivit une lettre ferme aux autorités de l'assemblée électorale, afin de leur rappeler qu'il avait refusé le serment et expliqué publique-ment ses concitoyens les motifs de son refus, protestant contre sa destitution et la nomination de son successeur, Laites par une assemblée qui n'avait aucun pouvoir dans le domaine ecclésiastique. Il émigra alors en Allemagne, revint en France après les sombres années de la Révolution, adhéra au Concordat et sollicita un poste qui ne lui fut pas accordé.
Il se jeta alors dans le schisme de la Petite Eglise et mourut à Angoulême, âgé de 67 ans.

Références:
- Les églises de France. Charente. par Jean George édité chez Letouzey et Ané à Paris. 1933.
- La baronnie de Marthon par l'abbé Mondon. Fin 19ème s.

 

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