Autour d'Ecuras. Journal d'Histoire locale, monuments, folklore.
Par Mme Fils Dumas-Delage. ISSN : 1153-0014. Tous droits réservés

No 16, Décembre 1992

- AVIS DE RECHERCHE, 1795 -

Sous la Terreur, la notion de suspect résulte d'une distinction fondamentale établie par le gouvernement entre les citoyens. Seuls ceux qui oeuvrent à la poursuite du Salut Public ont droit au bénéfice de la loi. Pour les autres, qui ne méritent aucune protection, ce sont des ennemis de la République qui doivent être détruits. Parmi ces mauvais citoyens, il en est dont l'élimination s'impose ce sont les émigrés rentrés en France, les prêtres réfractaires, les rebelles pris les armes à la main, les chouans etc... La lutte contre ces suspects commence par une surveillance active, et se termine par une traque impitoyable.

Nous sommes au temps de toutes les persécutions, de toutes les délations. Si la réaction thermidorienne qui suit l'exécution de Robespierre et de ses complices vient adoucir légèrement la condition des suspects, le sort qui leur est alors réservé, ainsi que sous le Directoire, demeure néanmoins très dur, impitoyable.

La famille de Tryon était d'origine irlandaise et s'était fixée en France après la défaite de Jacques 11 Stuart, tout comme les Perry, les Dillon, les Lameth, les Lally-Tollendal etc...

Jean-Baptiste de Tryon, chevalier, était fils de Joseph, seigneur des Salles, et de sa seconde femme, Françoise de Brettes de Cieux. Il naquit à Salles le 21 février 1772 et fut baptisé à Chassenon le 25 février. Par la suite, il devint chevalier de Malte. Domicilié à Confolens, il possédait des biens à Chassenon et à Mazières.

Pendant la Révolution, la conduite de Jean-Baptiste de Tryon sera celle d'un opposant farouche aux régimes successifs : la pré-Terreur, la Terreur et le Directoire.

Il émigra en juin 1791, quelques mois avant que les ecclésiastiques de France eussent été mis en demeure de jurer fidélité à la Constitution Civile du Clergé. Il avait alors dix-neuf ans. Il rejoignit en novembre 1791 le cantonnement de Neuwied. Il fit toute la campagne de 1792 dans l'armée des Princes, dans la 4ème brigade de la lère compagnie noble d'ordonnance (Chevau-Légers et Gendarmes de la Garde). Il fut inscrit sur la liste des émigrés le 25 juin 1792.

 

Lorsque l'armée des Princes fut licenciée, dans le dénuement le plus total, Jean-Baptiste de Tryon ne passa pas dans l'armée de Condé, dont la lutte désespérée allait encore durer quelques années, mais il regagna clandestinement la France et rallia immédiatement l'armée royale vendéenne. Les guerres de Vendée étaient alors dans leur début (elles éclatèrent à la mi-mars 1793), et les Blancs triomphaient des Bleus d'une manière éclatante, périlleuse pour la République. Jean-Baptiste de Tryon combattit la République aussi longtemps qu'il le put sur la terre Vendéenne, mais, de nouveau, il abandonna cette lutte quand il la comprit perdue.

L'avis de recherche en date du 7 prairial an trois que nous présentons le dit "porteur d'un certificat en date du 25 avril 1795, à lui délivré par le vicomte de Lespeaux (?) général en chef de l'armée des chouans, et d'un passeport qui parait lui avoir été délivré le 23 floréal par P. M. Delaunay, représentant du peuple". Par vicomte de Lespaux, il faut certainement entendre comte de Scépeaux. Jean-Baptiste de Tryon était alors âgé de vingt-trois ans.

Après ces combats, il chercha refuge en Espagne et il se trouvait à Saint-Sébastien le 17 septembre 1797. Il revint à Paris et c'est sous le nom de Philippe Cassino qu'il fut arrêté, 73 rue du Mont-Blanc, vraisemblablement victime de quelque dénonciation. Il fut jugé et condamné à mort par la commission militaire de la 17ème division à Paris, le 11 pluviose an IV, et fut fusillé. Son frère Charles fit, ainsi que ses soeurs Louise et Anne, déclaration à fin d'amnistie devant le préfet de la Charente le 17 fructidor an XII. Quatorze ans après sa mort, Jean-Baptiste de Tryon fut amnistié le 4 mai 1811. Il avait été proposé par le comte de Botherel pour la croix de Saint Louis le 15 juin 1796, un an avant son exécution. Une indemnité de 21 446,42F fut attribuée, en 1826, sous la Restauration, pour trois quarts à ses frère et soeurs, Charles, Louise-Françoise et Anne-Agnès-Faustine, et pour un quart à son neveu PierrePerdina.nd de Berthomé, fils de Isaac-Bertrand et de Radegonde-Clothilde de Tryon. La trajectoire de Jean-Baptiste de Tryon fut celle de nombreux émigrés militaires; la lutte contre la République commença pour eux hors des frontières de France, dans l'armée des Princes, puis à l'intérieur même du pays, en Vendée, dans l'armée royale. Il s'agissait de pourfendre l'ennemi révolutionnaire là et quand il se faisait le plus menaçant, frontières belges, prussiennes et autrichiennes d'abord, puis Vendée.

Sources

-L'émigration militaire. Emigrés de Saintonge, Angoumois et Aunis dans les corps de troupe de l'émigration française 1791-1814 par Jean Pinasseau, édité chez Picard à Paris. 1974.

-Documents d'archives personnelles Fils.

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