Autour d'Ecuras. Journal d'Histoire locale, monuments, folklore.
Par Mme Fils Dumas-Delage. ISSN : 1153-0014. Tous droits réservés

No 16, Décembre 1992

- L'EGLISE DE VILHONNEUR -

 

  Ce simple sanctuaire, datable du 12ème s. a conservé, à travers des destructions et des mutilations flagrantes, une très belle nef romane. Sans doute faut-il imputer ces destructions aux guerres anglaises. De son plan initial, dont nous ne savons rien, ne demeure qu'une nef imposante. Elle est de forme rectangulaire et ses trois travées sont délimitées par des colonnes sur dosserets, avec des piliers, à 11 ouest, qui viennent recevoir les arcades appliquées sur les murs, et le départ des arcs doubleaux qui, primitivement, soutenaient une voûte en berceau effondrée voici des siècles. L'actuelle voûte est dite do brique par Jean George en 1933, alors que l'abbé Michon, au cours du 19ème s. l'avait décrite : cintrée en lambris avec les poutres transversales travaillées et amincies, seul exemple de ce genre". Cette voûte de brique actuellement en place vint donc remplacer cette remarquable voûte de bois voici environ un siècle. Le bel appareil régulier de la nef contraste avec celui du mur pignon de l'ouest ainsi que celui du choeur et du clocher.

Des traces d'incendie très nettes ont altéré les murs de la nef, tandis que le mur pignon et le choeur furent hâtivement remontés, à l'aide d'un appareil très disparate. Avec la disparition de la voûte d'origine, nous pensons être là face aux traces des ravages des guerres anglaises.La façade originelle de l'église romane a été totalement détruite pour être remplacée par un mur pignon aveugle, sis à l'ouest, et reconstruit, comme nous venons de le dire, dans la plus grande hâte. Au cours de cette reconstruction, la nef, vraisemblablement mutilée, en fut visiblement raccourcie. Une petite porte de style roman tardif a alors été ouverte à l'extrémité nord-ouest de la nef centrale préservée. Cette porte correspond à la troisième travée de la nef. Nous la décrirons plus tard.

La nef est éclairée par de hautes et étroites fenêtres romanes, ressemblant presque à des meurtrières, vues de l'extérieur et comportant des embrasures fort évasées à l'intérieur : une par travée, soit deux de chaque côté de la nef.

Au choeur d'origine, dont nous ignorons le plan autant que l'importance, a succédé un modeste sanctuaire carré, dont l'appareil de récupération, assemblé à la hgte, parle de reconstruction. Cependant, si reconstruction il y eut, il nous faut la situer avant la fin du 13ème s. Cette assertion nous est permise par la présence d'un intéressant gisant; autrefois placé contre le chevet de ce choeur, et datable de la seconde partie du 13ème s. précisément. Il sera l'objet de notre article suivant. Ce choeur, reconstruit en prolongement de la nef, est plus étroit que celle-ci. Edifié à l'est, ce modeste choeur est surmonté d'un massif clocher-tour, épousant exactement à sa base les dimensions extérieures du choeur. Ce clocher, assez fruste, est ouvert de larges baies sans linteau et ne possède qu'une petite porte d'accès, située extérieurement à plus de trois mètres du sol. Ces éléments sont défensifs, tandis que l'examen de l'appareil disparate du clocher nous parle lui aussi de reconstruction au cours des guerres anglaises.

Les murs extérieurs de la nef sont renforcés de deux grands ares aveugles, au centre desquels s'ouvrent les étroites fenêtres romanes. Quatre hauts contreforts plats rythment ces deux murs de la nef, bien typiques d'un roman tardif. L'exhaussement de la corniche date du 19ème s., ainsi que la sacristie accolée à la base du clocher.

Revenons à la porte d'entrée latérale ouverte au nord-ouest de ce qui restait d'une nef à l'origine certainement plus longue qu'elle ne 11 est actuellement. Cette porte date du 13ème S. ou du tout début du 14ème. Elle a conservé trois épaisses voussures, dont la première s'orne d'un cordon à tête de clou, et qui reçoivent les tailloirs prolongés sous lesquels se dressent, de chaque c8té de la porte, deux colonnes aux chapiteaux simples, qui furent pratiquement tous l'objet d'une restauration contemporaine.

Les chapiteaux de ces colonnes sont ornés chacun de quatre petits crochets sculptés à leur sommet, et dans lesquels s'annonce le gothique. Jean George parle de "chapiteaux en accordéon", et nous lui abandonnons la responsabilité de cette appellation, et il estime ce décor dérivé de celui des "feuilles d'eau". Intérieurement, pour autant que nous en puissions juger malgré les mutilations dl un très lointain incendie, le décor des chapiteaux des hautes colonnes pourrait être le même.

Pour ce qui est du mobilier de l'église, nous serions bien en peine d'en parler, car il a visiblement été l'objet d'un nettoyage actif par le vide. Plus d'autels, ni de chaire, ni de chemin de croix, ni de statues, plus trace du moindre ornement sacré. Tout le sol du sanctuaire a été recouvert soit de carrelage soit de dalles neuves. En conclusion, nous nous permettrons de dire qu'à notre avis, l'actuelle église Saint-Pierre de Vilhonneur n'est que le vestige d'un édifice plus ancien, plus important et infiniment plus soigné, vraisemblablement dévasté pendant les premiers affrontements des guerres anglaises.

Nous n'abandonnerons pas l'église de Vilhonneur sans parler de sa cloche. Le 13 mai 1850, le maire Jean Blanchard, lors d'une réunion du conseil municipal, décide de prélever sur les fonds de la commune la somme de cent quatre vingt francs pour payer le sainctier qui a fondu la nouvelle cloche de Vilhonneur. Cet artisan était venu travailler à la Rochefoucauld et à Rancogne. Ce fondeur de cloches avait passé contrat l'année précédente avec le maire de Vilhonneur. Il s'appelait Nicolas Forgeot et demeurait à Maisoncelles (Hautemarne). Par ce contrat, le sainctier s'engageait à porter le poids de la cloche à cent quarante six kg et il garantissant son travail pour la durée d'un an. Nous avons déjà fait allusion à la fonte des cloches, ainsi qu'à la part de rêve et d'émerveillement que ressentait toute population face à ce travail. La nouvelle cloche de Vilhonneur fut bénite par Philippe Prévost du Las, curé-archiprêtre de Ruffec. Pour parrain, elle reçut PierreDutartre-Boijoly, conseiller municipal, et pour marraine, Marie-Jeanne de Corgnol, héritière de Rochebertier, épouse de Pierre Perrot, autre conseiller municipal.

Nous ignorons ce qu'il était advenu de l'ancienne cloche de l'église. Fut-elle brisée lors de la révolution de 1789 comme ce fut le cas à Montbron, ou bien, trop usée, fut-elle réutilisée dans la fonte de cette cloche de 1850

Références :

-Les églises de France. Charente. Par Jean George. Edité chez Letouzey et Ané à Paris en 1933.

-Article de M. Pierron paru dans un bulletin municipal de Vilhonneur.

-Statistique Monumentale de la Charente par ltabbé Michon réédité par Bruno Sépulchre.

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