Autour d'Ecuras. Journal d'Histoire locale, monuments, folklore.
Par Mme Fils Dumas-Delage. ISSN : 1153-0014. Tous droits réservés

No 4, Décembre 1990

- DES COQS DE CLOCHERS -

 

Le clocher de l'église Saint-Etienne d'Ecuras possède un coq, fait assez rare dans une région aussi riche que la nôtre en églises romanes, précisément souvent dépourvues de flèches , quand, du moins, elles ont eu le bonheur d'échapper à des destructions suivies de restaurations indispensables depuis les guerres anglaises et de religion.

Notre clocher fut reconstruit soit à la fin du 18ème s. soit au tout début du 19ème, selon la mode banale des clochers de cette époque, qui n'a tenu aucun compte d'un style originel à respecter. En effet notre superbe église prieurale avait subi des mutilations irrémédiables au cours des guerres de religion, pillée, incendiée, tout comme la plupart des autres sanctuaires de la région. Cette époque fatale aux églises qui avaient déjà souffert des guerres anglaises est à situer aux alentours de 1569, après qu'Angoulême fût tombée pour la seconde fois aux mains des troupes huguenotes, et c'est sous les exactions des bandes de Coligny, du sieur de Ruffec, du duc de La Rochefoucauld, assistées de bandes locales, que nos maisons nobles et sanctuaires catholiques eurent le plus à souffrir.

Nous ignorons donc totalement si le sanctuaire primitif d'Ecuras, datant du 11ème s. possédait une fléche de clocher, mais nous en doutons fort, si l'on s'en réfère aux églises romanes demeurées intactes dans toute la région.

Le coq qui orne notre clocher date des années 1950, et est venu remplacer un coq plus ancien, trop endommagé pour pouvoir être restauré d'une manière satisfaisante. Le maire d'Ecuras qui se préoccupa alors de cette acquisition était M. Livertoux.

Il s'agit là d'une excellente copie d'un beau modèle ancien, et nous prendrons la liberté d'affirmer que ce coq de clocher est superbe. Il mesure 50 cm de long et 30 cm de haut environ. Il est fait de deux plaques de cuivre rouge estampées, soudées à l'étain, et il possède en fait le volume du corps et le détail de plumage d'un coq réel, mais sans pattes, comme la plupart des coqs de clocher des 18 et l9èmes s. Il pivote sur la haute tige de fer qui l'arrime à la pointe du clocher, coq-girouette haut perché au-dessus de la belle rose des vents de fer forgé. Celle-ci est plus ancienne, et date de l'époque du clocher lui-même.

Quelles sont donc les origines des coqs de clochers ? Nombreuses, il nous faut remonter à l'Antiquité pour suivre les avatars du thème du coq sur des monuments importants, marqués par tant de mythologies diverses.

Dans la civilisation gréco-romaine, on rencontre des coqs accompagnant Mars, dieu de la guerre et des agriculteurs, Minerve, déesse de la sagesse, Mercure, dieu du commerce, des messagers et des voleurs , et souvent, Esculape, dieu de la médecine. Déjà Pline l' Ancien, dans son Histoire Naturelle, avait présenté les coqs comme des "sentinelles nocturnes que la nature a créées pour dissiper le sommeil et ramener l'homme au travail..." Il leur attribuait le don de connaître parfaitement les étoiles, d'être les seuls, parmi tous les oiseaux, à observer souvent le ciel etc. . . Il les trouvait dignes de tous les honneurs à cause de la majesté de leur démarche, du port de leur tête, de la noblesse de leur crête si droite, et de la position martiale du plumage de leur queue en faucille.

 

Dès le haut Moyen-Age, soit le 9ème s. des coqs dorés servaient déjà de girouettes à des fléches de clochers. Une tapisserie de Bayeux nous montre un coq de clocher de l'époque de Philippe 1er au 11ème siècle, entre autres données iconographiques.

Mais parler du coq gaulois s' impose, tant les peuplades gauloises avaient chargé ce gallinacé de la symbolique de vertus guerrières triomphantes. D'ailleurs, les Romains excédés par les incursions pillardes de certaines hordes gauloises dans Rome, avant la conquête des Gaules par Jules César, n'employèrent plus d'autre nom pour désigner le coq que le mot latin "gallus"... Du moins, y a-t-il là une concordance curieuse.

La tradition chrétienne s'empara à son tour de la symbolique du coq pour en faire un pasteur vigilant, une sorte de messager de la parole divine. Pour beaucoup de liturgistes, le coq demeure, sous sa forme de coq-girouette, le symbole de la lumière face au vent de l'adversité, l'emblème du Christ, chef de l'Eglise, affrontant les péchés du monde.

Il est sans doute une autre origine chrétienne à la mise en place du coq en haut des flêches de clochers. Elle remonte au reniement de Saint Pierre auquel, d'après les Evangiles, Jésus avait prédit: " Avant que le coq chante, tu m'auras renié trois fois". Et c'est ce que fit Saint Pierre...

La révolution de 1789, qui a descendu bien des coqs de clochers pour les envoyer à la refonte des métaux, sut à son tour récupérer la symbolique guerrière triomphante du coq gaulois pour le placer sur ses drapeaux et autres insignes patriotiques. Voici une assiette populaire d'alors, dont le décor nous montre un coq patriote, veillant sur le destin de la nation, perché sur le canon de la guerre.

Les matériaux utilisés pour la fabrication des coqs de clochers furent le cuivre, le bronze, parfois la simple tôle découpée, et, plus rustiquement, parfois même le bois.

Nos musées ont conservé peu de coqs de clochers anciens, car, malheureusement, ceux-ci ont souffert tout autant des outrages des intempéries et du temps que de ceux des hommes. Mais, bon an mal an, notre coq tient bon, solidement arrimé à la pointe du clocher recouvert en 1982, et il continue d"assumer le rôle symbolique qu' il appartient à tout un chacun de bien vouloir lui prêter, en toute liberté d'esprit et de conscience.

Sources :
Renseignements aimablement fournis par Mr Edmond Marchat pour ce qui est du coq du clocher d'Ecuras.

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