Autour d'Ecuras. Journal d'Histoire locale, monuments, folklore.
Par Mme Fils Dumas-Delage. ISSN : 1153-0014. Tous droits réservés

No 5, Février 1991

 

- LA CHAPELLE SAINT-JEAN-L'EVANGELISTE DE MARTHON -

 

La ville de Marthon était riche en sanctuaires, dans les murs et hors ceux-ci.

- L'église Saint-Martin, sise dans le faubourg de ce nom, hors les murs, et qui est aujourd'hui l'église paroissiale de Marthon.

- L'église Saint-Nicolas, qui était à l'intérieur de la ville et a intégralement disparu. Nous connaissons son existence par un hommage de 1525 rendu par Jean Parinard à Hubert de La Rochefoucauld, seigneur de Marthon. Nous ignorons les causes de sa destruction.

- La petite chapelle Notre-Dame, proche du faubourg des Amigons qui fut transformée en maison d'habitation après sa vente en bien national. L'un de ses murs a conservé une belle fenêtre romane, que son propriétaire, intéressé, a eu le bon goût de dégager du lierre qui la cachait.

- La chapelle Saint-Jean-l'Evangéliste, plus couramment appelée Saint-Jean, qui faisait partie du château, était le bien des seigneurs de Marthon, et que nous étudions trop brièvement aujourd'hui.

DESCRIPTIF

 

 

Cette chapelle qui était celle de la forteresse féodale est datable du 12ème s. Elle se présente comme une masse rectangulaire à deux étages, mesurant environ 14 m de long sur 9 m de large. Elle a conservé une hauteur encore impressionnante. Deux contreforts plats en flanquent la face ouest, jusqu'à son sommet, de chaque côté du grand porche.

Cette belle masse est constituée d'un rez-de-chaussée, dont la haute et vaste porte ouvre face à nous, à l'ouest. Cette ouverture occupe toute la hauteur du rez-de-chaussée, et est cintrée en arc légèrement brisé. Cet arc est pur, marqué de deux voussures, qui se prolongent en guise de piliers, de chaque côté de ce portail.

Il existait une ouverture similaire, en face de celle-ci, obturée depuis un temps indéterminé. Ainsi, cette salle de rez-de-chaussée était traversée par le chemin qui descendait de la forteresse jusqu'à la porte du Pont. La voûte de cette salle est en berceau et construite du plus bel appareil régulier de moellons réguliers. Un arc doubleau reposant sur des chapiteaux lisses vient partager cette voûte en deux parties.

La chapelle proprement dite se trouvait au premier étage, et l'effondrement d'une partie de sa voûte l'a mutilée. Elle se trouvait, en fait, au niveau du sol du château, et de celui-ci, on pouvait y accéder sans sortir des murs.

 

Sa porte est située sur le côté sud de la construction, et est en partie masquée par le parement tardif d'un escalier. Elle est du plus beau style roman, à deux voussures, et flanquée de deux fortes colonnes dont les chapiteaux sont nus, mais dont les bases sont ornées chacune de deux boudins inégaux séparés par une gorge avec un motif décoratif simple.

Sa voûte en berceau est construite de beaux moellons bien apparei1lés et elle part d'un cordon mouluré rompu par l'effondrement de la partie orientale de cette voûte.

LA PERIODE REVOLUTIONNAIRE

La chapelle Saint-Jean-l'Evangéliste fut vendue en bien national, au même titre que tous les biens des seigneurs de Marthon. Le sieur PLANTY fils l'achète, le 5 messidor an IV pour la somme de 260 livres. Il a aménagé la chapelle en maison d'habitation, et de hautes fenêtres sont ouvertes au niveau du sanctuaire dont les ouvertures primitives sont obturées. D'autres ouvertures sont faites ou bouchées dans la grande salle du rez-de-chaussée. Une toiture à quatre pans est soit rendue, soit conservée à l'ensemble, comme le montre la gravure de la page précédente. Marthon nous y apparaît tel qu'il pouvait être vu voici plus d'un siècle et demi. La chapelle Saint-Jean est à l'extrême gauche de la gravure.

Depuis un siècle environ, le bâtiment fut converti en grange, la partie habitée laissée à l'abandon, et la toiture avec une partie de la voûte de la chapelle s'effondrèrent.

 

LE SAUVETAGE

Cette chapelle Saint-Jean que nous avons connue en piteux état de délabrement a trouvé dans la personne de Mr Maindron un acquéreur animé d'une véritable passion à restaurer le monument, passion doublée, visiblement, d'une solide connaissance de l'architecture médiévale. Ses travaux, effectués à ses propres frais, sont cependant sous la surveillance des Bâtiments de France. Cette chapelle Saint-Jean n'a jamais fait l'objet d'un classement au titre de monument historique.

Souhaitons que Mr Maindron puisse mener à bien une entreprise d'une telle envergure. Bien peu de gens semblent réaliser la richesse architecturale de cette ville. Il est surprenant qu'une ville dont le patrimoine historique monumental s'avère d'une telle qualité soit laissée dans un état de quasi abandon. Il est peu de villes comme Marthon, et si un particulier se met à la tâche pour sauver l'un des monuments les plus intéressant, tous les espoirs sont permis. Notons, à cet égard, une restauration de l'église paroissiale Saint-Martin entreprise par les Bâtiments de France.

Sources :

La Baronnie de Marthon. Abbé Mondon. 1985-96-97
Les Eglises de France. Charente. Jean George. 1933.

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