Autour d'Ecuras. Journal d'Histoire locale, monuments, folklore.
Par Mme Fils Dumas-Delage.
ISSN : 1153-0014. Tous droits réservés

No 7, Juin 1991

- L'émigration militaire à Montbron -

 

FAMILLE DE LAMBERTIE

branche de Menet

L'histoire de l'émigration française commence au lendemain du 14 juillet 1789 et ne se ferme qu'en 1825, avec la loi du Milliard des Emigrés; elle comporte deux périodes qui s'articulent plus ou moins autour de l'année 1800.

La semaine qui suit la prise de la Bastille est marquée par un premier exode des princes du sang : Comte d'Artois, Ducs d'Angoulême et de Berry, Prince de Condé, Ducs de Bourbon et de Condé, et de la noblesse de Cour : Polignac, Broglie, Vaudreuil, Lambesconti etc... tous résolument hostiles à la Révolution et décidés à l'étouffer.

Les jacqueries paysannes et la guerre aux châteaux qui suivent les journées du 4 août 1789 et des 5 et 6 octobre 1789 déterminent beaucoup de gentilshommes ruraux à chercher refuge au-delà des frontières. Signalons que le Montbronnais ne connut pas cette guerre aux châteaux.

A ces deux classes d'émigrés qui ont obéi, les uns à leur passion antirévolutionnaire, les autres à un souci de sécurité, se joignent après la Constitution Civile du Clergé (1790) un grand nombre d'ecclésiastiques; après la fuite du roi, la plupart des officiers : à cet égard nous devons mentionner l'indiscipline et les mutineries qui règnent dans les régiments des Gardes Françaises; enfin, après le 10 août 1791 suivi des massacres de septembre, les derniers nobles restés en France, à l'exception de ceux qui optèrent pour le parti révolutionnaire, à leur grand dam le plus souvent, d'ailleurs. A tous ces émigrés nous devons joindre de nombreux magistrats, conseillers et avocats, médecins, simples bourgeois .

A la fin de cette année 1791, l'émigration est devenue assez générale pour que ses chefs l'organisent militairement et que le pouvoir révolutionnaire la combatte. N'oublions pas qu'à l'intérieur de la France, ce pouvoir révolutionnaire est déjà mis en péril par des foyers de rébellion populaire qui embrasent tout l'ouest avec la Vendée, la Bretagne et la Normandie, le midi, la région lyonnaise entre autres.

Cette émigration militaire a pour foyers principaux COBLENTZ où sont réunis avec le comte d'Artois (futur Charles X) venu de Turin, le comte de Provence (futur Louis XVIII) échappé de France en juillet 1791, et WORMS, où le prince de Condé forme une petite armée des gentilshommes accourus à ses côtés et qui représentent, pour la plupart, l'élite des cadres de l'ancienne armée royale.

D'autre part, le 30 octobre 1791, l'Assemblée Législative somme le comte de Provence de rentrer dans les deux mois, et le 9 novembre 1791, ordonne aux émigrés de se disperser avant le 1er janvier 1792.

Plus tard, la Convention Nationale, nouveau pouvoir révolutionnaire en place décrétera, le 23 octobre 1792, le bannissement perpétuel des émigrés, et la peine de mort s'ils rentrent en France. Le 18 mars 1793, la même peine frappera toute tentative d'émigration. Par ailleurs, tous les biens des émigrés ont été confisqués par la Convention Nationale .

Ces diverses mesures de rigueur, loin de décourager les émigrés, renforcent leur décision de se joindre aux armées coalisées, essentiellement prussiennes et autrichiennes, en lutte contre le pouvoir révolutionnaire français. Ayant tout perdu dans leur pays, la France, ils risquent tout, certains avec une inconséquence navrante, à Coblentz, regroupés autour des deux frères du roi, les comtes de Provence et d'Artois, d'autres, avec une détermination farouche, regroupés autour du prince de Condé. Nous ne pouvons omettre de signaler la grande méfiance qu'inspirent aux deux frères du roi et aux puissances étrangères la valeur militaire, la puissance et le rayonnement de Condé.

En 1792, trois corps d'émigrés, formant un total de 22000 hommes devaient participer à la bataille de Valmy. Cantonnés à une quinzaine de kilomètres du lieu des combats, dans des tranchées pleines de boue, maintenus volontairement éloignés de la bataille, ils ne purent y participer, empêchés par le commandement prussien et autrichien. Il en sera ainsi de tous les grands engagements militaires contre les forces révolutionnaires françaises; lorsque les chefs des émigrés réclameront contre cette obstruction des puissances coalisées, on saura alors les envoyer se faire massacrer dans des engagements kamikazes. Les visées de la Prusse et de l'Autriche sur la France étaient visiblement perturbées par la présence de ces corps d'armée qui regroupaient toute l'élite de l'ancienne armée royale.

En 1793, ils combattent en Belgique et en Hollande l'armée de Dumouriez, manipulés de la même manière par les puissances coalisées.

En 1794, ils passent à la solde de l'Angleterre qui leur fait supporter le poids de la fatale expédition de Quiberon (juin 1795). Nouvelle preuve accablante du rôle de l'Angleterre dans sa participation à démanteler une France en pleine crise, et d'une certaine connivence du futur Louis XVIII dans toute cette démarche politique.

En 1801 se ferme la période militaire de l'émigration. Il ne reste plus sous les drapeaux du prince de Condé qu'un corps de 6000 hommes. Le comte de Provence se réfugie à Vérone, d'où l'armée de Bonaparte le forcera à partir pour Mitau (1797); quant au comte d'Artois, après avoir erré de Saint-Pétersbourg à Rotterdam, il échoue en Angleterre à Holyrood, laissant lâchement échapper l'occasion de débarquer en Vendée. Tels avaient été les deux frères de Louis XVI dans leur jeunesse, tels ils demeurèrent dans leur maturité et leur vieillesse : lâcheté, inaptitude militaire, irresponsabilité, connivence occulte avec les puissances alliées, ce qui coûta la vie à des milliers d'émigrés rangés sous leur bannière. Sans doute pourrait-on alléguer un certain manque d'énergie, l'absence de moyens financiers qui les obligèrent à composer avec les puissances alliées, Prusse, Autriche, Angleterre si l'on voulait leur accorder une indulgence partisane.

La plupart des émigrés se dispersent, soit en Allemagne où ils tentent d'utiliser leurs talents personnels pour survivre, soit en Angleterre où, à Londres, certains reçoivent une dérisoire subvention de 1 shilling par jour. Tous mènent une existence précaire et misérable dont Chateaubriand a laissé une peinture saisissante dans les Mémoires d'outre-tombe.

Le 9 thermidor qui, avec la chute de Robespierre semble marquer une accalmie dans le régime de la Terreur, ramène en France un certain nombre d'émigrés, las de leur misère et de leur vie errante, et 1' institution du Directoire porte au pouvoir des éléments plus modérés que la Convention Nationale. Mais ce nouveau pouvoir révolutionnaire continue d'appliquer aux émigrés les décrets de la Convention, dont la rigueur est encore aggravée après le 18 fructidor.

Un nouvel ordre de choses commence avec le coup d'état du 18 brumaire. Bonaparte, désireux par nécessité d'utiliser toutes les compétences, devant le chaos d'anarchie dans lequel les précédents régimes ont plongé le pays, organise la réintégration progressive des émigrés. Ceux-ci sont toujours soumis à une surveillance draconienne, mais leurs aptitudes militaires et politiques font cruellement défaut à un pays plus ou moins plongé dans le néant. A la fin de son règne, l'Empereur aura réussi à leur rendre des places tant dans l'administration que dans l'armée. Cependant, tous ne se plieront pas à de telles compromissions.

Onze ans plus tard, le comte de Provence, devenu Louis XVIII cherche à indemniser ceux d'entre eux qui ont été totalement dépossédés. La loi du 27 mars 1825 leur octroie une indemnité de 30 millions de rente a 3%. C'est ainsi que Louis XVIII estima bien payer le sacrifice de toute une génération et le retour à ce que le vieux roi podagre croyait être un ordre de choses qui puisse jamais revenir. La durée du règne des deux frères, Louis XVIII et Charles X sera une preuve de leur sens politique et de leur notion de la réalité, mais c'est là une autre histoire...
A cet égard, la lecture des Cahiers Rouge et Vert de Madame de Chateaubriand est révélatrice : la femme du génie qui sut reprendre toutes ses analyses dans les Mémoires d'Outre-Tombe, sait parler avec une désespérance amère, passionnée, de ces Bourbon auxquels les anciens émigrés et la noblesse d'Ancien Régime doivent le respect, alors que leur ingratitude ne peut inspirer que mépris. Elle la fustige en maints traits aussi cruels qu'irréfutables. Nous lisons : "...Les Bourbons qui aiment mieux avoir à pardonner la trahison qu'à récompenser la fidélité..." (P. 80)
"Ce fut une chose hideuse que celle dont furent traités, en 1814, les hommes qui avaient le plus souffert pour la cause des Bourbons. Ceux-là et quelques pauvres gens, qui avaient servi loyalement et par besoin l'Empereur, furent absolument mis de côté : les services des premiers pesaient; on croyait faire justice en enlevant le pain aux autres". (P.80)

CAMPAGNES DE 1792 ARMEE DES PRINCES

COMPAGNIES DE SAINTONGE, AUNIS ET ANGOUMOIS

 

UNIFORME : Habit et culotte bleu de roi; parement et col de velours cramoisi; gilet écarlate; boutons jaunes, une fleur de lys au milieu. Chapeau bordé d'un petit galon de velours noir avec une houpette verte pour la première compagnie, cramoisie pour la deuxième, et de deux couleurs pour la cavalerie; cocarde blanche avec le panache de la même couleur; une écharpe blanche portée par-dessus l'habit boutonné; des demiguêtres d'étoffe noire. Armés d'un fusil, un sabre et deux pistolets à la ceinture.

CAMPAGNE DE L'ARMEE DES PRINCES -1792

Les compagnies quittaient MUNSTER-MAYENFELD, arrivaient le 7 juillet 1792 à ALF sur MOSELLE. Le 31 juillet l'infanterie est à RHEINBOLLEN. Le 1er août, elle se dirige sur TREVES. Elle bivouaque à SIMMERN le 3 août, à KIRCHBERG-MARSBACH et THOMIN le 5 août. A lieu une messe en compagnie des Princes. Le 8 août, les compagnies atteignent TREVES et le 11 le roi de Prusse les passe en revue. Le 18 août, GREVEN-MACHER, le 19, STADT-BREDIMUS et enfin, entrée en France par MONDURT. Le 30 août, les compagnies d'infanterie atteignent le camp d'HETTANGE sous THIONITILLE, où elles restent jusqu'au 20 septembre. Les armées royalistes sont présentes à proximité de Valmy, et contenues hors de la bataille du 20 septembre, comme nous l'avons déjà dit. Dès le lendemain, les deux armées belligérentes se retirent à l'arrière sur d'autres positions et leurs chefs, Dumouriez et le duc de Brunswig entament immédiatement des négociations sans que les chefs de l'armée des Princes y participent.

Huit jours après commence la retraite de l'armée des Princes qui durera plus de 90 jours. L'infanterie passe par ARTHUS près de LONGWY; le 16 octobre USANGE, le 18 BASTOGNE, le 23 MARCHE en FLAMENNS, BAIL-LONITILLE et elle arrive en Pays Liégeois pour en repartir immédiatement; après trois jours de marche forcée, 9 à 10 heures par jour, l'infanterie arrive à WEISS qui n'est qu'à deux heures de MALMEDY, puis le 2 novembre près de HUY.

Le licenciement de l'armée eut lieu dans la région de LIEGE le 25 novembre 1792, laissant à chacun son équipement à vendre. Le dénuement matériel, l'épuisement financier furent les causes essentielles de ce licenciement.

Une telle campagne militaire parle d'elle-même alors que cette armée regroupait l'élite de l'armée française et qu'elle avait à sa tête des chefs dont la valeur militaire n'était plus à démontrer. Il n'est certainement pas excessif de dire qu'elle fut sacrifiée aux intérêts politiques des Prussiens, des Autrichiens et des Anglais. Si le comportement du Prince de Condé fut de courage, d'intelligence et de dévouement, il est regrettable qu'il soit impossible d'en dire autant des comtes d'Artois et de Provence.

 

LES TROIS FRERES DE LAMBERTIE DE MENET

La famille de Lambertie, branche de Menet, est d'extraction récente car, bien qu'issue de la grande maison des de Lambertie, limousine périgourdine, les preuves de noblesse ne purent être apportées avant le 15ème s. ou la fin du 14ème s. Cependant, cette très ancienne famille remontait au tout début de la féodalité, et dès le 12ème s. l'on est assuré de sa noblesse. Le château de Lambertie est le siège de la seigneurie d'origine, et c'est par le mariage d'un fils cadet de cette famille avec une fille de la famille de La Faille en 1535, possédant la seigneurie de Menet que se forme cette branche.

Trois fils des nombreux enfants de Pierre de Lambertie, seigneur de Menet et autres lieux, capitaine au Régiment de Iiyonnais, et de Marguerite Françoise de Fayolle, choisirent de vivre l'émigration militaire, et ils s'y illustrèrent tous trois par leur bravoure. Nés respectivement en 1760, 1762, 1767, après avoir donné à la Royauté de brillants états de service, ils donneront à la cause perdue de l'armée des Princes leur personne, une grande part de leur fortune et leur vie, pour l'un d'entre eux en particulier.

ALAIN-THIBAUD DE LAMBERTIE

Marquis de Lambertie, seigneur de Menet, né le 29 juin 1760, il est baptisé le 3 juillet dans l'église Saint-Maurice de Montbron. 11 est reçu page du duc d'Orléans le 15 janvier 1773, âgé de 13 ans. Il entre au régiment de Chartres-Dragons au rang de sous-lieutenant sans appointement, le 27 mai 1777; il obtient une réforme de capitaine, dans le même régiment, en payant 7000 livres, avec un brevet de retenue de 5250 livres pour obtenir ensuite le rang de capitaine, le 20 mars 1783.

En mars 1787, il épouse à Videix Demoiselle Eulalie de Ribeireyx, fille de Jean-Baptiste de Ribeireyx, chevalier, seigneur Du Repaire, Les Champs, Le Breuil, La Chétardie et autres lieux, et de Marie-Françoise de La Cropte de Saint-Abre.

Nous verrons M. de Ribeireyx, le beau-père d'Alain-Thibaud de Lambertie, jouer un rôle actif dans l'armée des Princes.

Alain-Thibaud émigre dès décembre 1791. Arrivé à Coblentz, au début du mois de janvier 1792, il est inscrit le 6, agrégé à la Compagnie Ecossaise des Gardes du Corps (monté et équipé à ses frais comme tous les autres émigrés militaires) sur présentation de son beau-père , M. de Ribeireyx, brigadier, et du comte d'Agoult. Il a alors trente ans passés.

Il participe à toute la campagne de 1792 dans l'armée des Princes. Il est inscrit le 2 juin 1792 sur la liste des émigrés, ce qui signifie la peine de mort s'il rentre en France et la confiscation de tous ses biens par les pouvoirs révolutionnaires de la Terreur.

Après la dissolution de l'armée des Princes, le 25 novembre 1792, le Prince de Condé a regroupé autour de lui les émigrés qui ne pouvaient se résoudre à abdiquer et la lutte continue.

Alain-Thibaud de Lambertie rejoint l'armée de Condé le 19 octobre 1794, y est inscrit le 20. Ses répondants sont alors son frère cadet le chevalier de Lambertie, que nous allons rencontrer plus tard, et le chevalier de Bellechassaigue. Il entre le 19 octobre 1794 dans la compagnie N°10 du régiment des Chasseurs Nobles et fait toutes les campagnes de 1794 et 1795.

Il passe le 13 septembre 1795 dans la Cavalerie Noble, 1er régiment, Compagnie de Villers-La-Faye. 11 y fait les campagnes jusqu'en octobre 1797, moment du départ de l'armée de Condé pour la Russie (dite alors la Volhynie), puis, à partir de 1799, jusqu'au licenciement final de 1801.

A cette date, il regagne la France et rejoint le château familial de Menet à Montbron, est amnistié le 18 frimaire an IX, et reste sous étroite surveillance dans une commune dont les autorités municipales jugent "ses opinions politiques très douteuses".

En 1816, il est nommé chevalier de l'Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis. Son grade de lieutenant-colonel, au 13 mai 1800, lui permet d'obtenir une retraite de 10 000 F. cette même année de la Restauration .

Une indemnité de 72 434 F 18 relative aux biens dont les trois frères de Lambertie émigrés avaient été dépossédés lui est attribuée, ainsi qu'à son frère survivant, Jean-Pierre, Chevalier de Lambertie, tant en leur nom personnel qu'en celui de leur frère Nicolas, tué au combat en 1796.

Alain-Thibaud de Lambertie meurt à Menet le 2 février 1835, à l'âge de 75 ans. Sa femme lui survivra 20 ans et s'éteindra elle aussi à Menet en 1855. Cette gravure allemande représente le quartier général de l'émigration française à Coblence.

NICOLAS DE LAMBERTIE

Le second frère de Lambertie naît à Menet le 17 janvier 1762 et est baptisé le 23 à l'église Saint-Maurice de Montbron.

Il est reçu page du prince de Condé sur le certificat de Chérin en date du 6 mars 1774, où sa noblesse est prouvée remonter à 1461, et où il est fait mention des services militaires de la maison de Lambertie et de ses alliances. Nicolas de Lambertie a alors 12 ans. Il reste attaché au prince de Condé en cette qualité de page jusqu'en 1777. Il obtient la commission de sous-lieutenant au régiment de Condé-Infanterie le 10 mars 1778 (il est âgé de 16 ans) puis reçoit des lettres pour passer en la même qualité au régiment d'Enghien en juillet 1789.

Auparavant, il avait combattu avec son régiment, de 1780 à 1783 dans la guerre d'indépendance américaine, car il se trouvait alors cantonné à Saint -Domingue .

Avec ses deux frères, il émigre dès décembre 1791. Il rejoint l'armée de Condé le 17 juin 1792. Il participe à la campagne de 1792 dans la compagnie des officiers du régiment d'Enghien comme chef d'escouade. 11 est tué au combat le 13 août 1796, âgé de 34 ans. Il ne s'était pas marié.

Une indemnité de 24811 F 39 sera partagée, en 1828, entre ses deux frères survivants, Alain-Thibaud et Jean-Pierre.

JEAN-PIERRE, CHEVALIER DE LAMBERTIE

Comme ses deux aînés, Jean-Pierre de Lambertie naît au château de Menet et est baptisé à l'église Saint-Maurice de Montbron le 10 janvier 1767. Il est nommé cadet-gentilhomme au régiment de Lyonnais le 4 avril 1778 à l'âge de 11 ans, puis sous-lieutenant au même régiment le 22 juin 1779, à l'âge de 12 ans. Il est promu Lieutenant en second le 21 mai 1784, date à laquelle il abandonne. Avec son régiment, il aura participé à la prise de Mahon et échoué devant Gibraltar en 1780.

Il se trouve cantonné à Aix lorsque les révoltes contre-révolutionnaires y éclatent, répondant à toutes celles qui embrasent l'ouest de la France (guerre de Vendée) . Il est blessé au côté des insurgés en lutte contre la répression du pouvoir révolutionnaire de la Terreur, et demeure emprisonné de décembre 1790 à mai 1791. Il est porté absent lors de la revue de 1792 puisqu'il a émigré avec ses deux frères en décembre 1791. il est âgé de 25 ans et a déjà un passé militaire surprenant.

Arrivé à Coblentz aux alentours du 3 janvier 1791, équipé et monté à ses frais tout comme ses deux frères, il est agrégé le 6 sur présentation de M. de Ribeireyx, Brigadier à la compagnie Ecossaise des Gardes du Corps. M. de Ribeireyx était le beau-père de son frère aîné, Alain-Thibaud .

Il fait la campagne de 1792 dans l'armée des Princes. I1 rejoint en suite l'armée de Condé le 12 avril 1793 et entre dans la compagnie N°10 des Chasseurs Nobles. Nouvelles campagnes de 1793 à 1795. il est lieutenant au régiment de Damas le 20 juin 1795, puis chef d'escouade, compagnie N°17 des Chasseurs Nobles au 1er mars 1796. Blessé d'une balle dans la cuisse le 13 août 1796 à OBERKAMLACH, il obtiendra du roi Charles X, en considération de cette blessure, la croix de Saint-Louis et le brevet de capitaine.

Il suit en Russie les éléments irréductibles de l'armée de Condé où ils se rallient à la formation russe. il devient alors chef d'escouade de la compagnie Première Major (N°10). 11 sert dans l'armée du tzar jusqu'au licenciement de 1801, et est alors chef de section dans la 15ème compagnie.

Il rentre en France, regagne le château de Menet. Le chevalier de Lambertie est amnistié le 18 frimaire an XI et demeure en résidence très surveillée à Menet. En messidor an XIII les autorités municipales de Montbron précisent que "ses opinions politiques étaient alors très douteuses". Voici une lettre du 12 septembre 1809 émanant du préfet de la Charente et autorisant le maire de Montbron à rendre le permis de port d'armes "au sieur Jean-Pierre Lambertye émigré amnistié en surveillance dans votre commune..."

(document d'archives personnelles).

Jean-Pierre Chevalier de Lambertie est proposé par la commission des officiers pour le brevet de chef de bataillon, rang du 1er janvier 1800, et la retraite de capitaine, bien qu'il n'ait pas rigoureusement le temps voulu par l'ordonnance, recommandable à cause de ses blessures et de la distinction de ses services.

Il meurt sans alliance à Menet, à un âge fort avancé.

Les de Lambertie ne furent pas les seuls à participer à l'émigration militaire dans le Montbronnais, car la plupart des hommes des familles nobles connurent le même destin, motivés par les mêmes choix. La plupart des membres de la noblesse émigra dans toute la région, certains d'entre eux se contentant de s'exiler sans participer aux combats et aux déboires de l'armée des Princes puis de celle du Prince de Condé.

Nombre d'entre eux furent les héros sacrifiés d'une génération et de tout un ordre social perdus; ils furent capables de donner et leur vie et leur fortune par fidélité à des valeurs idéologiques que l'ordre nouveau balaya.

Les émigrés sont généralement présentés comme des traîtres à leur patrie. Tout est sans doute question de l'appréhension que l'on consent d'avoir de divers systèmes de valeurs, en tentant d'échapper à toute passion partisane. N'oublions pas non plus qu'à la fin du 18ème s. l'armée française comptait de très nombreux régiments étrangers : Suisse, Suède, Irelande, et qu'à l'inverse de nombreux officiers français servaient à l'étranger : Espagne, Autriche etc... Cette notion de cosmopolitisme fut balayée par celle, admirable et neuve, de Patrie.

Le regard que chacun porte sur cette révolution de 1789 est variable à l'infini, mais il est regrettable que, pour exalter certains de ses visages, il soit nécessaire d'en occulter d'autres. Si, deux siècles plus tard, on ne peut assumer dans son intégralité cette révolution, c'est que les passions partisanes n'ont pas encore pu s'apaiser dans un effort d'honnêteté, de courage et de lucidité...

Sources :

- Généalogie de la maison de Lambertie. Abbé Lecler. 1893.

- L'Emigration militaire. Militaires émigrés de Saintonge, Aunis et Angoumois 1791 à 1814. Jean Pinasseau à Paris chez A. et J. Picard. 1971.

- Mémoires de Madame de Châteaubriand; le cahier Rouge et le cahier Vert. Chez Perrin. 1990.

- Les corps de troupe de l'émigration française. Vicomte Grouvel. Edition de La Sabretache. 1957.

Table des matières