Autour d'Ecuras. Journal d'Histoire locale, monuments, folklore.
Par Mme Fils Dumas-Delage.
ISSN : 1153-0014. Tous droits réservés

No 7, Juin 1991

- LE TORRIDE ETE DE 1716 -

Les excès climatiques ont de tout temps suscité la surprise et la crainte des hommes, mais dans le passé, ces froids, ces chaleurs, ces pluies, ces sécheresses revêtaient une importance toute particulière. Avant la révolution industrielle, en effet, l'économie entière du royaume de France reposait sur l'agriculture, et les techniques de culture, d'irrigation, de stockage traditionnelles ne permettaient de faire front ni à une sécheresse ni à un froid intenses. Aussi est-il particulièrement intéressant de lire la description de l'été 1716, d'en mesurer les conséquences, grâce aux notes du curé ALLARD de MARTHON.

Louis XV venait de monter sur le trône. Les premières années de ce 18ème s. avaient été particulièrement éprouvantes pour une France épuisée par un demi-siècle de guerres européennes, par des hivers dramatiques tels que celui de 1709, par des famines innombrables. Le royaume de France était devenu un pays dont les difficultés économiques semblaient catastrophiques à la fin du règne du Roi Soleil. La misère du peuple était incommensurable.

" A LA POSTERITE"

" Si l'hiver de 1709 se fit ressentir par la violence et la longue continuation de ses frimats et de ses glaçons qui enlevèrent presque tous les grains qui estoient sur la terre et causèrent une si grande cherté dans tout le royaume, l'on peut dire que l'été de 1716 n'a pas été moins rude par ses chaleurs excessives et sa longue sécheresse .

Quelques instantes prières qu'on fît à Dieu pour obtenir de l'eau par le moyen des processions qui se firent cette année dans toutes les paroisses du royaume, il fut toujours sourd aux demandes de son peuple, de manière que la terre demeura pendant plus de huit mois sans estre arrosée presque d'une seule goutte d'eau.

Ceux qui se trouvèrent éloignés des rivières et des fontaines, et mesme la plus part des rivières furent désséchées, chose que les plus anciens n'avaient jamais vue, toutes les mares furent mises à sec et il ne resta au fond qu'un certain limon gras que l'on prit pour en fumer les prés ou bien les vignes.

Les bleds qui se recueillirent furent si peu de choses que la récolte n'aurait pas été suffisante pour la moitié des hommes sans quelques bleds vieux qui se trouvent et mesme l'on peut dire que tout les pays ne furent pas si malades que ceux-ci.

"Il ne se recueillit dans ce pays ni bled d'Hespagne, ni baillarge, mais bien du froment autant que les années précédentes. Le bled ne fut pas autrement cher ".

Notes :

-Par BLED entendez blé , et aussi d'autres céréales telles que avoine, seigle.

-Bled d'Hespagne, soit d'Espagne désigne le maïs. On l'appelait aussi blé d'Inde ou blé de Turquie.

-Le BAILLARGE ou BAILLARD désigne toutes les variétés d'orge, qui pouvaient "bailler", soit donner plus ou moins.

-Le FROMENT est le blé proprement dit.

Ce témoignage est intéressant à bien des égards. Les cérémonies, processions religieuses pour faire venir cette pluie que Dieu refuse à son peuple ont été pratiquées, en fait, sous tant de formes par tous les peuples du monde, depuis l'aube des temps de la sédentarisation agricole, adressant à des dieux divers la même prière. En outre, notre région immédiate fut plus sévèrement touchée par cette sécheresse extrême que d'autres parties du royaume. Enfin, si les céréales indispensables à la nourriture de base du paysan, de son bétail vinrent à manquer, il n'en fut pas de même du froment. Les conséquences d'un tel été ne furent pas assez catastrophiques pour entraîner une flambée excessive des prix, et, de ce fait, la menace d'une éventuelle famine, comme le terrible hiver de 1709 l'avait fait, détruisant toute végétation dans la région. Peut-être aura-t-on seulement parlé de disette à l'issue de cet été de 1716. . .

Sources : Registres paroissiaux de Marthon cités par l'abbé Mondon dans La Baronnie de Marthon. 1895. 96. 97.

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