Autour d'Ecuras. Journal d'Histoire locale, monuments, folklore.
Par Mme Fils Dumas-Delage. ISSN : 1153-0014. Tous droits réservés

No 8, Août 1991

 

- UN HOBEREAU MONTBRONNAIS ET SA DESCENDANCE

AU DEBUT DU 17ème SIECLE -

 

Nous avons connaissance de la seigneurie de Menet, paroisse de Saint-Maurice de Montbron, depuis le début de la féodalité, soit l'époque des croisades. La terre de Menet est alors possédée par les de CERIS, puis elle passe entre les mains des de LA PAYE par le mariage d'une fille de BOSON de CERIS MARGUERITE, avec ARNAUD de LA. PAYE en 1308, A partir du 16ème s. les de LAMBERTIE deviennent seigneurs de Menet, Perry, du Couraud, de Chapt etc... par le mariage de JEANNE de LA PAYE avec noble personne FRANCOIS de LAMBERTIE. Le contrat est passé le 7 novembre 1535.
Les armes des de Lambertie sont "d'azur à deux chevrons d'or". (Armorial Limousin). De l'union de François de Lambertie avec Jeanne de La Faye naissent au moins dix enfants, trois fils et sept filles parviennent à l'âge adulte.
L'aîné, Raymond, chevaliers deviendra à son tour seigneur de Menet, du Couraud, de Perry, de Chapt et autres lieux.

  C'est le second des trois fils de Lambertie, JEAN, qui retiendra notre attention dans le contexte qui nous intéresse aujourd'hui.
JEAN DE LAMBERTIE, vraisemblablement né entre 1537 et 1540, écuyers seigneur du BOIREAU, était l'un des archers de la compagnie de cinquante lances de Monseigneur de Sansac, le 30 juillet 1569. (Bibliothèque Royale). Il procéda à divers partages avec son frère aîné, Raymond, et il fut alors qualifié du titre de seigneur de La ROUSSERIE (paroisse de Rouzède), Néanmoins, dans le testament de son aîné, il est toujours dit seigneur du BOIREAU, Il s'agissait là de bien petits et modestes fiefs.

Jean de Lambertie mena une active carrière militaire au cours des guerres de religion et, dans le camp catholique il s'illustra lors de nombreuses batailles. Il se distingua notamment à la bataille livrée dans la plaine de PIOLLES en 1569 et participa au siège de La Rochelle en 1573. Il servit dans les compagnies d'hommes d'armes commandées par les seigneurs de La Vauguyon-des-Cars et Bourdeilles.

Il épousa par contrat du 6 septembre 1599 demoiselle JEANNE de TOSCANE fille de feu Hélie de Toscane écuyer seigneur de La Peyrelle et de Françoise Paulte (les Paulte sont l'une des plus anciennes familles chevaleresques d'Angoumois).
De ce mariage ne devait naître aucun enfant.

Par contre Jean de Lambertie avait eut vraisemblablement avant son mariage, quatre fils illégitimes nés de filles de la roture.

- MARGUERITE DES BORDES lui avait donné NADAUD, LEONARD et PIERRE.

- MARGUERITE GAUTIER lui avait donné LEONARD-PRANCOIS.

Jean de Lambertie reconnut ces quatre enfants et obtint du roi des lettres de légitimation et anoblissement le 20 mai 1609 pour chacun d'entre eux. Ils ont porté le nom de leur père mais ne sont pas considérés comme faisant partie de la famille de Lambertie par les généalogistes.
On sait qu'ils embrassèrent tous quatre la carrière des armes comme tous les de Lambertie, et que, en compagnie de leur père, ils se distinguèrent par leurs qualités militaires sous la conduite des sieurs de La Vauguyon, de Bourdeilles et des Cars.

Ces quatre garçons ont transmis leur nom à leur descendance, et pour certains leur titre de noblesse, alors que la descendance de quelques autres retombait dans la roture, sans doute, mais nous sommes dans l'ignorance de données fiables dans ce domaine.

Cependant, certains de leurs descendants demeurèrent dans la région et en particulier sur le fief de la paroisse de Rouzède. Nous avons connaissance d'un certain LEONARD de LEMBERTIE qui, en 1743, habitait au village de l'AGE, paroisse de Rouzède, et était adjoint du syndic de Rouzède, ce qui n'était pas une position spécialement brillante. Ce Léonard était sans doute l'un des petits fils de Jean de Lambertie, seigneur du Boireau et de La Rousserie.

Nous avons donc là un cas particulièrement intéressant de légitimation de bâtards issus de la noblesse, fait courant, auquel ne s'attachait certainement aucune connotation de honte ni de culpabilité, bien au contraire.
Il paraît ici que Jean de Lambertie était déjà père de ces quatre enfants lors de son mariage. lie fait que trois d'entre eux soient nés de la même mère, Marguerite Des Bordes, peut laisser imaginer qu'il s'était agi d'une liaison durable et non de frasques de jeunesse. On peut aussi concevoir que la stérilité de la femme légitime de Jean de Lambertie, épousée relativement tard par celui-ci, lui ait laissé toute latitude pour reconnaître et faire anoblir ses quatre bâtards et être en mesure de valoriser leurs qualités militaires.
Lorsque l'on sait combien coûteux était l'équipement militaire d'un noble, on peut mesurer le prix que le père accordait à ses quatre garçons, sans parler, bien entendu, de la fierté légitime qu'il devait éprouver face à quatre rejetons dignes de sa race.
Il faut noter aussi que Jean de Lambertie n'était pas l'aîné de la famille et que Raymond, seigneur de Menet etc... avait eu de son côté assez d'enfants pour que la lignée de la famille ne fût pas menacée.

Quoiqu'il en soit, cet exemple prouve, entre tant d'autres, que la bâtardise, dans toutes les couches sociales, était un fait reconnu et accepté. Les gens du peuple n'ont pas de généalogistes chevronnés, en dépit de cette mode actuelle qui saisit tant d'amateurs passionnés et il est sans doute plus difficile de cerner ce phénomène au niveau des classes populaires ne serait-ce que par la disparition de trop nombreux registres paroissiaux, ou de l'interdiction de donner un état civil aux calvinistes pendant près d'un siècle etc ...

Nous évoquerons les destins de quelques grands bâtards qui firent l' histoire de la France et de l'Europe depuis les débuts de la Chrétienté en Occident.
CLOVIS, le premier grand roi Franc était un bâtard; le légendaire ROLAND en était un autre, fils de Charlemagne et de l'une de ses soeurs. Quant à Guillaume LE CONQUERANT, Due de Normandie, qui fît de son duché et de l'Angleterre un seul royaumes il était le fils d'Arlette la lavandière et du duc Robert Le Magnifique, dit Le Diable. Que dire encore des bâtards de Louis XIV et de Madame de Montespan tous légitimés, anoblis, et qui contractèrent les plus brillantes alliances, si bien qu'il n'est guère de familles royales qui ne puis- sent les compter parmi leurs ascendants aujourd'hui ?

Que dire encore du personnage percutant de MAURICE de SAXE, grand bâtard royal, dont le génie militaire fit et défit les royaumes de l'Europe qui savaient payer ses services, au 18ème s. ?

Ils ont été si nombreux, si fameux, qu'il n'est pas question d'en dresser le catalogue; mais ils ont été, et dans les rangs de la noblesse comme des royautés, certainement plus valorisés qu'occultés, les lois morales et religieuses entachant leur existence ne datant guère que de deux siècles, et étant l'invention d'une bourgeoisie en plein essor.

SOURCES

- Généologie de Lambertie. Abbé Leclerc 1901.

- Autrefois en Angoumois Gabriel Delâge chez Bruno Sépulchre, 1983.

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